Le cafouillage amateur de Stephen Meyer sur le Cambrien (Donald Prothero)

Voici un sujet que je n’avais encore jamais abordé sur ce blog, celui de l’évolution. Je n’ai pas choisi un article général pour en parler la première fois, mais un article plutôt spécifique au contraire, puisqu’il s’agit d’une critique d’un livre de Stephen Meyer par le paléontologue Donald Prothero, mais qui donne l’occasion de voir un bon exemple de la qualité (pseudo)scientifique des écrits créationnistes.

Article original: « Stephen Meyer’s Fumbling Bumbling Amateur Cambrian Follies« , publié sur Skepticblog le 28 août 2013


Unknown12Une revue de Darwin’s Doubt: The Explosive Origin of Animal Life and the Case for Intelligent Design de Stephen Meyer (HarperCollins, New York, 498 pp.)

Tout homme prudent agit avec connaissance, Mais l’insensé fait étalage de folie.

–Proverbes 13:16

L’ignorance engendre la confiance plus souvent que le fait la connaissance.

–Charles Darwin, La descendance de l’homme

Le fou se croit sage, mais le sage sait qu’il n’est qu’un fou.

–William Shakespeare, Comme il vous plaira

L’effet Dunning-Kruger1 est un phénomène bien connu en psychologie, introduit officiellement en 1998, mais déjà reconnu depuis bien avant Shakespeare et la Bible. En très bref, il peut être décrit de la façon suivante (par Bertrand Russell): « Le problème de ce monde, c’est que les idiots sont si sûrs d’eux, tandis que les gens intelligents sont remplis de doutes ». Il existe aussi un autre phénomène psychologique bien connu: la rationalisation. Nos cerveaux ont de nombreuses œillères qui nous permettent de réconcilier le monde réel avec le monde tel qu’on voudrait qu’il soit, et réduire ainsi les coups portés par la dissonance cognitive. L’exemple le plus familier est le biais de confirmation, où nous voyons seulement ce que nous voulons voir et ignorons ou omettons tout ce qui ne colle pas avec notre vision du monde favorite. Lorsque ce biais émerge dans une argumentation, il prend la forme du cherry-picking: le fait d’extirper une poignée de faits hors du contexte général, qui semblent soutenir ce que nous voulons croire, tout en ignorant le reste qui contredit ce que nous voulons mettre en avant.

Toute la littérature du créationnisme (et sa récente progéniture, l’intelligent design) fonctionne entièrement sur ce principe: ils n’aiment pas la science, car elle contredit leur vision religieuse, donc ils sélectionnent les quelques morceaux qui semblent corroborer ce qu’ils veulent croire, et font un choix partial de cas individuels qui nourrissent leur biais. Dans leurs écrits, on voit tout leur talent pour le « quote-mining »: le fait de sortir une citation hors contexte pour faire dire à l’auteur exactement l’inverse de ce qu’il voulait clairement dire (parfois non intentionnellement, mais souvent de façon délibérée et malicieuse). Soit ils ne peuvent comprendre la signification scientifique de nombreux domaines, de la génétique à la paléontologie en passant par la géochronologie, soit leur biais sert de tamis pour ne laisser passer que les quelques minuscules éléments d’un sujet de recherche qui semblent les conforter, et ignorent le reste.

Une autre tactique fréquente des créationnistes est l’étalage de diplômes. Ils adorent vanter leur PhD sur les couvertures de leurs livres, donnant aux profanes l’impression qu’ils sont des experts dans tous les sujets. Comme le sait tout détenteur d’un PhD, c’est plutôt l’inverse qui est vrai: un titre doctoral signifie que vous avez concentré vos ressources sur un sujet très spécifique pendant un bout de temps, donc vous avez plutôt tendance à perdre en étendue de connaissances dans d’autres domaines. Mais cela ne les empêche pas de mettre en avant leur doctorat en hydrologie ou biochimie, puis de parler de paléontologie ou de géochronologie, des sujets pour lesquels ils n’ont aucune qualification pour en parler. Leur PhD est pertinent uniquement dans le domaine où ils ont une formation spécialisée. C’est un peu comme demander à un PhD de réparer votre voiture ou d’écrire une symphonie – ils sont peut-être intelligents, mais ils n’ont la formation appropriée pour être compétent dans tout uniquement sur base de leur PhD.

Stephen Meyer a fait la première démonstration de ces biais dans son livre affreusement incompétent, Signature in the Cell (2009, HarperOne), qui a été descendu en flèche par les biologistes moléculaires du monde entier, le qualifiant de travail d’amateur par quelqu’un n’ayant aucune formation ou d’expérience de recherche en biologie moléculaire. (Meyer a un PhD en histoire des sciences et un Master en géophysique, ce qui ne lui fournit aucune compétence pour parler d’évolution moléculaire). Ne se laissant pas intimider par cette débâcle, Meyer se lance maintenant dans un autre domaine dans lequel il n’a pas plus d’expérience de recherche ou de formation avancée: ma propre profession, la paléontologie. Je peux d’ores et déjà annoncer  qu’il est tout aussi incompétent dans mon domaine que dans la biologie moléculaire. Chaque page ou presque de son bouquin est truffée d’erreurs factuelles ou d’interprétation, ce qui ne peut qu’arriver quand quelqu’un écrit sur un sujet qui le dépasse complètement, encouragé par sa tendance créationniste à extirper les faits hors de leur contexte et à les comprendre totalement de travers. Mais comme il est l’une des rares personnes de tout le mouvement créationniste à avoir pris quelques cours de géologie (mais apparemment pas de paléontologie), il est considéré comme leur « expert » dans ce domaine, et induit en erreur le public créationniste qui ne connait pas de science du tout avec sa compréhension aguicheuse mais totalement fausse du sujet.

Prenons le sujet central du livre: l’« explosion cambrienne », c’est-à-dire la diversification apparemment rapide de la vie pendant le Cambrien, lequel débuta il y a environ 543 millions d’années. Lorsque Darwin écrivit sur ce sujet en 1859, c’était effectivement un mystère, étant donné qu’on en savait si peu à propos des archives fossiles à l’époque. Mais les paléontologues ont énormément travaillé sur le sujet et ont beaucoup appris depuis 1945 (comme je l’explique en détail dans mon livre de 2007, Evolution: What the Fossils Say and Why it Matters [NdT: L’évolution: ce que disent les fossiles et pourquoi c’est important]). Résultat, nous savons maintenant que l’« explosion » a eu lieu durant une période de 80 millions d’années. Les paléontologues abandonnent graduellement le terme dépassé et trompeur d’« explosion cambrienne » pour un autre plus exact, « fusible lent cambrien » ou « diversification cambrienne ». Nous savons maintenant que toute la diversification de la vie s’est déroulée en un certain nombre d’étapes distinctes, des premiers fossiles de vie bactérienne il y a 3,5 milliards d’années, aux premiers animaux multicellulaires il y a 700 m.a. (la faune d’Ediacara), aux premières preuves de fossiles squelettisés (de minuscules fragments de coquilles, surnommées « les petites coquilles ») au début du Cambrien il y a 543 m.a. (les étages Nemakit-Daldynien et Tommotien), au 3e étage du Cambrien (l’Atdabanien, il y a 520-515 m.a.) où l’on trouve les premiers fossiles d’animaux plus grands avec des coquilles dures, comme les trilobites. Mais est-ce que Meyer rend compte de cette compréhension moderne du sujet? Non! Ses figures (par exemple les figures 2.5, 2.6, 3.8) dépeignent l’« explosion » comme si elle avait eu lieu tout à coup, démontrant qu’il n’a pas prêté du tout attention aux découvertes de ces 70 dernières années. Il rejette la faune d’Ediacara comme n’étant pas clairement reliée aux phyla du vivant (un point toujours en cours de discussion parmi les paléontologues), mais son existence même est fatale à l’idée créationniste erronée que les animaux multicellulaires sont apparus tout à coup et sans prédécesseurs dans les archives fossiles. Encore plus accablant, Meyer ignore complètement l’existence des deux premiers étages du Cambrien (ils ne sont mentionnés nulle part dans le contenu du livre ou dans l’index) et parle de l’étage de l’Atdabanien comme s’il s’agissait du Cambrien tout entier. Ses figures trompeuses (figures 2.5, 2.6, 3.8) sous-entendent qu’il n’y avait aucun phylum moderne avant la diversification des trilobites pendant l’Atdabanien. Désolé, mais il s’agit d’un mensonge pur et simple. Même un coup d’œil grossier à n’importe quel diagramme moderne de la diversification de la vie démontre que probablement des arthropodes, des cnidaires, et des échinodermes sont présents dans la faune d’Ediacara, des mollusques et des éponges sont bien documentés dans l’étage du Nemakit-Daldyinien, et des brachiopodes et des archéocyathes apparaissent dans l’étage du Tommotien – tout ceci des millions d’années avant l’« explosion cambrienne » mal définie de Meyer lors de l’Atdabanien. Les phyla qu’il liste en fig. 2.6 comme apparaissant « par explosion » dans les étages de l’Atdabanien apparaissent en fait tous plus tôt – ou alors il s’agit de phyla à corps mou provenant de la faune chinoise de Chengjiang, dont la première apparition gonfle artificiellement le compte. Meyer déforme l’histoire de façon délibérée et malhonnête en suggérant que ces animaux à corps mou sont apparus tout à coup, alors qu’il sait qu’il s’agit d’un artefact de préservation. C’est simplement par malchance qu’il n’y a pas de faune à corps mou préservée avant Chengjiang, et donc nous n’avons pas de fossiles démontrant leur vraie première apparition, que nous savons avoir eu lieu avant sur base de preuves moléculaires.

Détail de l'événement de diversification cambrienne, montrant l'apparition de différents groupes dans différents étages du Précambrien et du Cambrien. Meyer ignore complètement l'existence des deux premiers étages du Cambrien, donnant l'impression que c'est rapide et soudain.

Détail de l’événement de diversification cambrienne, montrant l’apparition de différents groupes dans différents étages du Précambrien et du Cambrien. Meyer ignore complètement l’existence des deux premiers étages du Cambrien, donnant l’impression que c’est rapide et soudain.

La vision déformée et incorrecte de Meyer, consistant à confondre l’entièreté du Cambrien inférieur (543-515 m.a.) avec uniquement le troisième étage du Cambrien inférieur (520-515 m.a.), est fondamentalement un mensonge qui falsifie tout ce qu’il raconte ensuite dans les chapitres ultérieurs. Il m’attaque même personnellement (p.73) en affirmant que, durant notre débat de 2009, c’était moi qui redéfinissait erronément le Cambrien! Un coup d’œil rapide à n’importe quel ouvrage récent de paléontologie sur ce sujet, ou même l’entrée Wikipedia pour « explosion cambrienne », montre que c’est bien Meyer qui fait du cherry-picking et déforme les archives fossiles en ignorant complètement les 23 millions d’années des deux premiers étages du Cambrien parce que leur existence réduit à néant son interprétation fausse des archives fossiles. Désolé, Steve, mais tu ne peux pas contredire tous les paléontologues du monde, ignorer les preuves des deux premiers étages du Cambrien, et redéfinir le Cambrien inférieur comme consistant uniquement en l’étage de l’Atdabanien juste pour que ça colle à ton conte de fées!

Même si nous acceptons la prémisse que de nombreux phyla apparaissent à l’Atdabanien (seulement parce qu’il n’y a pas de faune à corps mou plus ancienne que celle de Chengjiang au Cambrien inférieur), Meyer affirme que les 5-6 millions d’années de l’Atdabanien sont trop courts pour que l’évolution puisse produire tous les phyla des animaux. Encore faux! Lieberman (2003) a montré que la vitesse d’évolution durant l’explosion cambrienne est typique de toute radiation évolutive dans l’histoire de la vie, qu’il s’agisse, au Paléocène, de la diversification des mammifères après la disparition des dinosaures non aviaires, ou bien de la diversification des humains à partir de leur ancêtre commun avec les singes il y a 6 m.a. Comme l’écrit l’éminent paléontologue de Harvard, Andrew Knoll, dans son livre de 2003, Life on a Young Planet:

Y a-t-il vraiment eu une explosion cambrienne? Certains ont abordé le problème par la sémantique—ce qui se déroule sur des dizaines de millions d’années ne peut pas être « explosif », et si les animaux du Cambrien n’ont pas « explosé », peut-être n’ont-ils rien fait d’extraordinaire. L’évolution cambrienne n’était certainement pas démesurément rapide… Devrions-nous faire l’hypothèse d’un processus unique mais mal compris pour expliquer l’émergence des animaux modernes? Je ne le pense pas. La période cambrienne a duré suffisamment longtemps pour accomplir ce que le Protérozoïque n’a pas pu, sans devoir invoquer des processus inconnus des généticiens des populations—20 millions d’années est une longue période pour des organismes qui produisent une nouvelle génération tous les un ou deux ans. (Knoll, 2003, p.193)

(C’est intéressant que Meyer parle de millions d’années comme le ferait un géologue ordinaire. Je parie que ses lecteurs créationnistes Terre-jeune, qui refusent d’accepter que la Terre est plus vieille que 10 000 ans, n’en sont pas réjouis. Ceci pourrait expliquer pourquoi le livre, qui avait été artificiellement promu au rang de best-seller par d’énormes efforts publicitaires créationnistes avant sa publication, est aujourd’hui bien bas dans la liste des ventes, une fois que les gens ont constaté qu’il ne soutient pas le Créationnisme Terre-jeune.)

Les erreurs, incompréhensions délibérées et interprétation incorrectes s’enchaînent de page en page. Meyer utilise le débat scientifique à propos des premières controverses entre l’approche moléculaire et morphologique des arbres de la vie comme la preuve que les scientifiques n’y connaissent rien, passant totalement à côté du consensus récent entre les données de ces deux approches. Comme tous les créationnistes, il donne une interprétation trompeuse du modèle des équilibres ponctués de Eldredge et Gould et prétend qu’ils affirment que l’évolution n’a pas eu lieu—alors que Gould et Eldredge ont tous deux de nombreuses fois clairement expliqué (et qu’il ne prend jamais la peine de citer) pourquoi leurs idées sont compatibles avec le néodarwinisme et ne sont en aucun cas un soutien au créationnisme sous toutes ses formes. Il ressasse de nombreux autres mythes créationnistes, depuis longtemps réfutés, y compris l’argument de probabilité post hoc (on ne peut pas argumenter que quelque chose est improbable après que cette chose ait eu lieu), sachant que son public, phobique des mathématiques, se laisse facilement embobiné par l’utilisation des grands nombres. Il gâche un chapitre entier sur le concept creux de « l’information » tel que les créationnistes le définissent. Il massacre le sujet de la biologie systématique, utilisant le débat scientifique normal entre hypothèses concurrentielles pour faire croire que les scientifiques n’arrivent pas à se décider—alors qu’il s’agit de la façon habituelle dont les questions scientifiques sont discutées jusqu’au moment où un consensus est atteint. Il confond les groupe-couronnes avec les groupes-souches, bâcle les arguments à propos de la reconnaissance des ancêtres dans les archives fossiles, et ne sait pas faire la différence entre un cladogramme et un arbre généalogique. Il cafouille dans les domaines de l’épigénétique, de l’évo-dévo et de la dérive génétique comme s’ils réfutaient complètement le néodarwinisme, alors que les scientifiques les considèrent justement comme des compléments dans sa compréhension. (Et même s’ils mettaient vraiment à mal quelques aspects du néodarwinisme, ils fournissent par ailleurs d’autres potentiels mécanismes évolutifs, ce en quoi il n’est pas censé croire!). En bref, il parcourt toute la palette des sujets de la biologie de l’évolution moderne, parvenant à déformer ou amalgamer chacun d’entre eux, et faisant par là même la démonstration de son incapacité totale à comprendre ces matières.

À plusieurs endroits dans son livre, il montre des images de sections cambriennes en Chine, ou bien parle dans son dernier chapitre de sa visite des schistes de Burgess au Canada (un endroit caractéristique du Cambrien moyen, plusieurs millions d’années après que l’« explosion cambrienne » fut terminée), comme pour tenter d’affirmer une crédibilité de terrain pour avoir quitté une fois ou l’autre son bureau et son ordinateur. Faire une visite de ces lieux célèbres comme un touriste ne vous donne aucune qualification pour écrire un ouvrage sur la complexité des fossiles qui y ont été retrouvés. S’il avait réellement fait l’effort d’apprendre la paléontologie et de conduire lui-même ses recherches sur le terrain (comme le font les vrais scientifiques), on pourrait le prendre au sérieux. Tel qu’il est, ce livre ne fait que démontrer à quel point Meyer peut avoir une lecture, une interprétation et une compréhension ratées des sujets comme la paléontologie, au moins autant que son interprétation de la biologie moléculaire. (Pour un bon compte-rendu de vrais paléontologues qui savent ce qu’ils font, voir l’excellent livre de Valentine et Erwin, 2013, qui livre une vision plus exacte de la « diversification cambrienne ».)

Finalement, on pourrait se demander: pourquoi fait-on tout ce foin autour de l’« explosion cambrienne »? Pourquoi cela importe-t-il que l’évolution ait été rapide ou lente durant le troisième étage du Cambrien? Certains scientifiques se grattent la tête là-dessus, mais il faut comprendre l’état d’esprit des créationnistes. Ils opèrent selon l’argument du « dieu des trous »: tout ce qui n’est actuellement pas aisément expliqué par la science est automatiquement attribué à des causes surnaturelles. Quoique les créationnistes ID prétendent que ce concepteur surnaturel pourrait être n’importe quelle déité, voire des extraterrestres, il est bien documenté qu’ils pensent en fait au dieu judéo-chrétien lorsqu’ils mettent en avant la complexité et le « design » de la vie. Leur argument est que si les scientifiques n’ont pas complètement expliqué le moindre événement du Cambrien inférieur, la science a failli et nous devons alors considérer les causes surnaturelles.

Bien entendu, c’est une ineptie. D’abord, la description que Meyer fait de l’« explosion cambrienne » est déformée et fausse, puisqu’il omet délibérément les événements des deux premiers étages du Cambrien. Ensuite, cette approche du « dieu des trous » vient avec une garantie d’échec, parce que les scientifiques ont, de fait, expliqué la plupart des événements du Cambrien inférieur et n’ont rien trouvé qui sortait de l’ordinaire et défiait toute explication scientifique. Seuls quelques détails doivent encore être travaillés. Nos archives fossiles s’améliorant avec le temps, et notre compréhension grandissant, il n’y aura bientôt pour les créationnistes plus rien à se mettre sous la dent pour invoquer une intervention surnaturelle. C’est une stratégie perdante pour eux, inéluctablement.

En bref, Meyer a montré que son premier livre catastrophique n’est pas un hasard: il est capable de s’aventurer dans n’importe quel domaine où il n’a pas la moindre formation ni expérience de recherche et de le massacrer autant que ce qu’il a déjà fait avec la biologie moléculaire. Comme je l’ai déjà écrit auparavant, si vous êtes un pur amateur et ne comprenez pas un sujet, ne faites pas la démonstration de l’effet Dunning-Kruger en écrivant un livre dessus et en prouvant à tout le monde votre ignorance! Certaines personnes avec un tropisme pour le créationnisme ou une compréhension quasi nulle de la paléontologie pourrait trouver quelque chose de convaincant à ce livre pourtant confus et assommant, mais toute personne avec un background correct en paléontologie peut aisément repérer ses déformations et ses incompréhensions délibérées. Bien qu’Amazon.com persiste à lister ce livre dans leur section « Paléontologie », j’ai vu une série de libraires qui l’avaient placé à juste titre dans la section « Religion »—ou encore plus correct, dans « Fiction ».

Postcript: Lorsque j’ai écrit cette revue la première fois, je l’ai postée sur la page Amazon.com du livre. Il va sans dire que cela a généré une réaction effervescente de la part des créationnistes, avec un fil de plus de 1900 commentaires sur ma revue. J’ai constaté avec surprise que les scientifiques et les paléontologues sont parvenus à submerger les commentaires habituels des créationnistes, et environ 70% des utilisateurs ont marqué ma critique sévère comme « utile » [NdT: à l’heure de cette traduction, environ 62%]. Les commentaires créationnistes étaient en grande partie des attaques personnelles contre moi, ou des affirmations comme quoi je n’avais pas lu le livre, et non des commentaires constructifs sur les points que j’ai soulevés à propos de l’ignorance de Meyer en matière de paléontologie.

Sans surprise, elle subit une attaque cinglante du Discovery Institute de Seattle, l’institution mère de Meyer. Leur porte-parole Casey Luskin (un avocat, pas un paléontologue) a critiqué ma revue en usant de toutes les tactiques classiques des créationnistes. Le plus souvent, il prend des citations tronquées du nouveau livre de Erwin et Valentine pour donner l’impression que ces éminents paléontologues sont créationnistes! (Lorsque j’ai montré ceci à mon bon ami Doug Erwin, il trouva ça fort risible et m’assura clairement que son livre ne soutenait en aucun cas le créationnisme ou les interprétations faussées de Meyer—bien que Luskin s’en foutrait pas mal si Erwin écrivait lui-même une réfutation détaillée de chaque citation tronquée qu’utilisait le DI). Le reste du post ridicule de Luskin affirmait que je n’avais pas lu le livre, ou alors seulement les chapitres où Meyer utilisait des arguments bien spécifiques. (Je les ai effectivement bien lus—mais peu importe combien de fois vous les lisez, les arguments et affirmations de Meyer sont complètement faux, et Meyer ne comprend pas les questions clés et les interprète à côté de la plaque). Bref, il s’agissait de l’assemblage classique de mensonges, déformations, citations tronquées et autres tactiques de diversion conçues pour induire en erreur le lecteur non averti qui ne comprend pas ce que j’ai écrit, et s’abstenant bien d’adresser les éléments clés de ma critique. À aucun moment Luskin ne reconnaît, ni même ne mentionne le point central de ma revue: que Meyer a, de façon délibérée et malhonnête, omis les deux premiers étages du Cambrien afin de donner l’impression d’une inexplicable rapidité.

Pour terminer, je dois mentionner un phénomène intéressant. La communauté créationniste a fait énormément de promotion pour ce livre au sein de ses cercles, et fit en sorte que leurs acolytes pré-commandent le livre en grande quantité, de telle sorte qu’il était #7 sur la liste des best-sellers du New York Times lorsqu’il parut. Depuis sa parution, cependant, les ventes ont chuté, probablement parce qu’une fois que les créationnistes Terre-jeune le lisent, ils réalisent qu’il contient toute une série d’idées qu’ils refusent, comme « des millions d’années ». J’ai observé ses statistiques de vente sur Amazon.com, passant du top 10 à (actuellement) autour de #11 000 ou moins dans les rangs de best-seller—en à peine plus d’un mois! [NdT: au moment de cette traduction: #71 000] Ce qui m’a apporté le plus de satisfaction, néanmoins, c’est que Amazon.com avait initialement mis le livre dans la catégorie « Paléontologie ». Mais il y a juste une semaine, ils l’ont retiré et l’ont déplacé dans « Religion & Science ». Apparemment, les réactions fortement négatives des VRAIS paléontologues les a forcés à réévaluer la catégorie. Maintenant s’ils pouvaient le déplacer vers « Fiction », là où sa place est vraiment…

Références

  • Erwin, D., and J.W. Valentine. 2013. The Cambrian Explosion: The Construction of Biodiversity. Roberts and Company, Publishers, New York.
  • Knoll, A.H. 2003. Life on a Young Planet: The First Three Billion Years of Life on Earth. Princeton University Press, Princeton, NJ
  • Lieberman, B.S. 2003. Taking the pulse of the Cambrian radiation. Integrative and Comparative Biology 43:229-237.
  • Prothero, D.R. 2007. Evolution: What the Fossils Say and Why it Matters. Columbia University Press, New York.

1 Attention tout de même à l’utilisation abusive du concept « Effet Dunning-Kruger ». Cet article discute de ce qu’il est ce qu’il n’est pas.


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