Des activistes anti-OGM au Bangladesh mentent aux fermiers et aux médias (btbrinjal)

Quand « l’activisme » anti-OGM utilise des stratégies d’une malhonnêteté si flagrante, la seule conclusion à laquelle j’arrive, c’est qu’ils n’ont que ça comme stratégie. Quand on n’a pas les faits de son côté, pourquoi ne pas les inventer?

Article original: « Anti-GMO activists in Bangladesh tell lies to farmers and the media« , 8 avril 2014, btbrinjal.


Le 7 avril 2014, le Financial Express du Bangladesh a publié un article intitulé « Le Brinjal Bt résistant aux parasites envahi par des parasites » qui prétend que les fermiers qui cultivent du brinjal (aubergine) génétiquement modifié pour la résistance aux parasites ont été forcés de répandre plus de pesticides que d’habitude en raison d’un envahissement massif de parasites. L’allégation est claire – la technologie Bt a échoué, et les fermiers en font les frais.

L’article cite le fermier Haidul Islam, à Sripur Upazila du district de Gazipur, expliquant: « En visitant ses champs de brinjal mardi, le correspondant du FE a trouvé que 25-30% des plants étaient détruits et le reste luttait pour survivre. »

Le journaliste du Financial Express, Yasir Wardad, a ensuite cité Haidul Islam disant: « Les autorités agro-alimentaires m’ont dit que j’étais un des 20 fermiers qui ont eu la chance d’obtenir des semences Bt. Ça réduira les coûts des pesticides. Mais en réalité, les parasites ont sévèrement touché mes champs. L’année passée, j’ai fait pousser des variétés locales et fait des profits. Cette année, Allah seul sait ce qui m’arrivera. »

L’article poursuit en citant des « experts » non nommés qui expriment leur « sérieuse inquiétude que le brinjal OGM affecte la biodiversité et cause de graves problèmes de santé chez les humains, d’autres animaux et les plantes », et laisse entendre que le brinjal Bt a été développé à l’instigation du « géant multinational des semences, Monsanto ».

En réalité, le brinjal Bt est un projet publique commun entre l’organisation gouvernementale Bangladesh Agricultural Research Institute (BARI)  et des scientifiques de l’Université Cornell, avec des fonds de l’USAID. Suite aux allégations du Financial Express, le directeur de recherche du BARI, Khaled Sultan, ainsi que d’autres responsables du projet sont immédiatement allés visiter le fermier dont les plants de brinjal Bt étaient prétendument en danger. Ils y ont constaté une situation bien différente de ce que les médias avaient relayé.

tumblr_inline_n3rmgrgWgy1sqr7ngLa délégation du BARI a rapporté que la culture de brinjal Bt dans les champs du fermier Haidul Islam est actuellement « saine et sans parasites ». L’équipe a également parlé au fermier soi-disant en détresse qui a révélé que cette histoire a commencé lorsque deux jeunes hommes sont venus visiter sa ferme et lui ont dit qu’il produisait dans son potager des récoltes « empoisonnées » et qui seraient mauvaises par sa santé et celle de sa famille. Les deux hommes n’ont pas révélé leur identité et portaient par ailleurs sur leur visage des masques faits de tissu noir pendant la durée de leur visite.

Les deux hommes, probablement des activistes anti-OGM en provenance de Dhaka, ont essayé de pousser Haidul Islam à affirmer que ses récoltes avaient été nulles, en l’informant qu’il serait « un homme heureux » s’il apparaissait à l’écran (ils avaient amené une caméra) pour dire que ses champs étaient infestés de parasites et qu’il se sentait trompé. Qu’il y ait eu des pots-de-vin ou de la menace de coercition physique n’est pas certain, mais dans tous les cas, Haidul Islam a refusé de faire cette affirmation puisqu’il estimait qu’il n’y avait aucun problème avec ses cultures.

Ce n’est pas non plus clair si le « journaliste » Yasir Wardad cité par Financiel Express a jamais visité l’endroit, ou si l’article a simplement été échafaudé dans son intégralité par des activistes anti-OGM. Il paraît cependant clair que les citations de Haidul Islam ont été fabriquées, et que l’échec de ses cultures de brinjal Bt a également été inventé par des activistes anti-OGM dans le but de diaboliser la technologie.

L’équipe du projet de brinjal Bt qui a visité le site était au départ inquiète qu’il puisse y avoir quelques échecs dans cette technologie et ont procédé à des tests sur plus de 200 plants individuels pour l’expression de la protéine Cry1Ac qui protège le brinjal contre des parasites spécifiques – les foreurs des fruits et tiges. Tous les plants ont testé positif pour la protéine, indiquant que le brinjal Bt devrait fonctionner comme prévu. Bien que d’autres insectes, notamment les insectes suceurs, ne soient pas contrôlés par la technologie Bt, il n’y avait aucune preuve d’infestation.

Il y avait des signes de flétrissement bactérien sur un petit nombre de plants, ce qui est néanmoins un problème récurrent rencontré par les fermiers de la région lorsque les sols ont une forte teneur en humidité durant les périodes de fortes précipitations. Ce point est en cours d’investigation. L’équipe du projet a également vérifié que les graines étaient semées conformément à ce qui est requis pour le brinjal et qu’une zone refuge de brinjal non-Bt pour la gestion de la résistance avait bien été plantée et était correctement entretenue.

Commentant l’article du Financial Express, le professeur Ronnie Coffman, directeur des programmes internationaux au College of Agriculture and Life Sciences de l’université Cornell, a dit: « Cet article est une représentation trompeuse et intolérable des faits, pouvant mettre en péril les fermiers dévoués du Bangladesh. Heureusement, les fermiers sont des gens perspicaces et pragmatiques, qui comprennent le potentiel du brinjal Bt, et je suis persuadé qu’ils obtiendront gain de cause. »

Le brinjal Bt a pour but de réduire drastiquement l’utilisation de pesticides dans la culture du brinjal bangladais en le protégeant contre les parasites les plus destructeurs, les foreurs des tiges et des fruits. Récemment, le ministre bangladais de l’agriculture, Matia Chowdhury, a suggéré que les groupes anti-OGM pourraient recevoir de l’argent provenant des firmes de pesticides qui craignent de perdre leur marché si le brinjal Bt réussit. [ref]

Se référant à l’affirmation de l’article selon laquelle le brinjal Bt causerait « de graves dangers pour la santé des humains » et la « biodiversité », Anthony Shelton, professeur d’entomologie et expert mondial des plants Bt qui réside aujourd’hui au Bangladesh, dit qu’il a été « consterné par la désinformation de l’article du Financial Express ». Il poursuit: « Il n’y a pas le moindre début de preuve crédible que les plants Bt mettent en danger la santé humaine ou la biodiversité. C’est même plutôt l’inverse qui est vrai – faire pousser du brinjal Bt est bien plus sûr que la méthode traditionnelle grâce aux réductions de pesticides. »

Article original du Financial Express: http://www.thefinancialexpress-bd.com/2014/04/07/27497


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