Des fourmis capables de miracle statistique sous ondes GSM? (Pepijn van Erp)

Dans le précédent article, traduit à partir du blog de Pepijn van Erp, on y parlait d’une autre expérience douteuse concernant les ondes GSM et la santé, faite à l’ULB par Cammaerts et al. Pepijn van Erp a jeté un œil à cette étude et a écrit un article sur le sujet dans son blog, « Ants Performing Statistical Miracle under GSMPhone Radiation?« , publié le 18 février 2013. En voici la traduction ci-dessous.

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Une start-up des Pays-Bas a eu l’occasion de faire la promotion de leur produit dans un programme d’informations de la radiodiffusion publique nationale: un nano-film destiné à protéger les utilisateurs de téléphone portable des rayonnements dangereux. La firme a également fait des tests sur des fourmis, montrant que les rayonnements sont effectivement dangereux. Ces tests se sont basés sur une recherche menée par une chercheuse belge, et les données semblent trop belles pour être vraies.

Une info remarquable retirée

Un téléphone portable avec le nano-film miracle, soi-disant capable de transformer un rayonnement

Un téléphone portable avec le nano-film miracle, soi-disant capable de transformer un rayonnement « chaotique » en rayonnement harmonique.

Le 3 janvier 2013, les téléspectateurs du programme d’informations NOS op 3 ont pu voir une émission à propos d’une compagnie new tech du sud des Pays-Bas. Cette compagnie, Brainport Biotech Solutions, a développé un nano-film qui, appliqué sur un téléphone portable, devrait protéger ses utilisateurs des rayonnements nocifs. Sur le site web de la compagnie, le concept est étayé par un tas d’absurdités pseudo-scientifiques: le matériau est capable de modifier « les rayonnements chaotiques en une configuration cohérente (harmonique) d’ondes de fréquences choisies ».

La raison principale que j’ai trouvée pour expliquer comment les journalistes ont pu prendre cet homme d’affaires au sérieux, c’est qu’il a présenté une recherche scientifique qui avait montré des effets désastreux des rayonnements GSM sur les fourmis. La recherche en question a été menée par Marie-Claire Cammaerts, une chercheuse senior de l’Université Libre de Bruxelles. J’avais déjà lu un peu sur le sujet en Juillet 2012, mais c’était maintenant l’occasion d’aller plus en profondeur. Ce que j’ai trouvé n’était pas joli, et pas à cause de la santé de ces pauvres fourmis.

Conditionnement de fourmis avec et sans rayonnement GSM

L’article en question est Cammaerts, M.-C., De Doncker, P., Patris, X, et al., (2012). GSM 900 MHz radiation inhibits ants’ association between food sites and encountered cues. Electromagn. Biol. Med. 31: 151-165. Des recherches précédentes de Cammaerts avaient montré qu’il était possible de conditionner des fourmis à répondre à des repères visuels et olfactifs. Apparemment elle a trouvé intéressant de voir ce que les rayonnements GSM pouvaient avoir comme effet sur ce type d’entrainement des fourmis.
L’expérience a été faite avec six colonies de fourmis (Myrmica sabuleti Meinert 1861), conservées sur un plateau en plastique, des tubes en verre en guise de nid. Pour le conditionnement, les fourmis ont reçu de la nourriture dans un cube vert (repère visuel) ou bien elles étaient entourées de petits morceaux de fenouils (repère olfactif). Le principe est que les fourmis apprennent à associer la couleur ou l’odeur avec les endroits où la nourriture se trouve.

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Pour vérifier le progrès de conditionnement des fourmis, des tests étaient faits à intervalles réguliers. Un test consiste à placer une fourmi dans une branche d’un appareil en forme de Y (voir image ci-dessus), et à enregistrer dans quelle branche du Y elle s’engage, soit une branche marquée (par le repère visuel ou olfactif) soit une branche non marquée. L’idée générale de ce test est qu’avant conditionnement, les fourmis n’ont pas de préférence pour l’une des deux options. Le conditionnement (sans source de rayonnements) augmente la probabilité que les fourmis choisissent la branche marquée, tel que montré par Cammaerts dans l’étude précédente.

Les résultats remarquables de la présente étude suggèrent que le conditionnement n’a pas lieu sous rayonnement GSM. Les résultats principaux sont donnés en deux tables. Ci-dessous, j’ai remis celui traitant des repères visuels (une arche verte sur une branche de l’appareil en forme de Y). En réalité, l’expérience a été faite avec les deux repères « entremêlés ». L’effet est évident: sous rayonnement GSM, on n’observe pas de conditionnement, et lorsque les rayonnements sont absents, il y a bien conditionnement comme dans l’étude précédente.
Il y a eu quelques critiques de cette expérience lorsqu’elle parut dans les médias belges (Juillet 2012).  Le professeur agrégé  de l’Institut Scientifique de Santé Publique, Luc Verschaeve, a fait vérifier les conditions de l’expérience par un technicien, qui a suggéré que le bruit ou le vent provenant du ventilateur dans l’appareillage qui émettait les ondes GSM pourrait être la cause de la perturbation du conditionnement. Mais je pense qu’il y a quelque chose de plus fondamentalement erroné dans cette expérience.

Table 2 dans l'article de Cammaerts et al.

Table 2 dans l’article de Cammaerts et al.

Un miracle statistique?

Chaque données dans les cases du tableau ci-dessus est le résultat de 20 tests consécutifs sur des fourmis sélectionnées aléatoirement à partir de la même colonie à un moment donné. Les chiffres représentent le nombre de fourmis, lors des 20 tests, qui ont choisi la branche du Y marquée du repère (visuel en l’occurrence). Mon gros problème avec ces résultats est que la variance entre les moments d’observation et entre les colonies est bien inférieure à ce à quoi on s’attendrait.

Permettez-moi d’expliquer ceci: le choix d’une fourmi avant conditionnement, ou dans des circonstances empêchant le conditionnement, peut être vu comme un lancer pile ou face. Disons que « face » est le choix pour la branche marquée. Dans le tableau, les chiffres représentent donc le nombre de « faces » en 20 lancers consécutifs. Des mesures ont été prises pour s’assurer que les fourmis ne pouvaient pas « sentir » le trajet choisi par les fourmis précédentes, donc on peut considérer chaque test individuel comme indépendant.
Si nous regardons le premier bloc de 36 cases de la table 2 (après « Controls »), nous avons 36 résultats, avec un minimum de 8 et un maximum de 11. Les données sont similaires dans la table 1. C’est extrêmement improbable. Si l’analogie du lancer pile ou face est pertinente, la probabilité de ne pas obtenir un résultat inférieur à 8 ou supérieur à 11 en 72 lancers est d’environ 7.7 x 10-16.
Ou bien les fourmis sont capables de faire des miracles statistiques sous l’influence d’ondes GSM ou bien les chiffres sont sous l’influence d’un biais des observateurs, et pourraient même avoir été complètement inventés. Il est vraiment difficile d’imaginer d’autres explications (j’ai pourtant essayé, voir ci-dessous).

Biais ou pire?

La façon dont les données ont été enregistrées laisse pas mal de place à l’interprétation (ou la manipulation). Ce n’est pas la branche du Y dans laquelle la fourmi s’est finalement retrouvée qui a été enregistrée comme son choix, mais bien la première direction prise au croisement, vers la marque ou non. Du coup, si une fourmi se dirige en direction de la marque verte (dans le cas du repère visuel), son choix est enregistré comme « branche marquée », même si ensuite elle faisait demi-tour immédiatement et s’engageait dans l’autre branche non marquée. Comme le test n’était pas fait à l’aveugle par les observateurs, et comme les fourmis d’une colonie étaient toutes testées l’une après l’autre, il est assez facile de diriger les observations vers le résultat « voulu » au moment de l’expérience.
Pire encore, l’article dit ceci à propos de la collecte des données:

Notez que les observations ont été faites par le premier auteur afin d’éviter, pour les co-auteurs, des problèmes de santé à cause de l’exposition aux ondes.

Le fait que Cammaerts ait été la seule à collecter les données n’est pas rassurant du tout. L’argument qu’elle avance est risible: de quel danger parle-t-elle? L’intensité des rayonnements était censée être égale (voire inférieure) aux niveaux auxquels on serait soumis simplement en marchant dans les couloirs en-dehors du laboratoire.

Le journal de publication ne montre aucun intérêt à vérifier la possibilité d’une fraude scientifique

J’ai blogué sur le sujet dans Klopdatwel, une semaine après que NOS ait retiré l’info (ils ont reconnu qu’il s’agissait de mauvais journalisme), mais j’ai décidé que je ne m’arrêterais pas là. J’ai écrit un e-mail à l’éditeur de Electromagnetic Biology and Medicine, le professeur Henry Lai, dans lequel j’ai fait part de mes préoccupations à propos de l’article. (Après un rappel la semaine suivante) il a répondu qu’il « a lu l’article avec attention et pense qu’il s’agit de recherches bien menées ». Il n’a manifestement pas pris la peine de réfléchir à mes objections sur les statistiques. Je lui ai suggéré de consulter un statisticien, au cas où il ne pouvait lui-même comprendre les détails. Je n’ai plus eu de nouvelles de sa part.
Jetons aussi un bref coup d’œil à autre chose dans l’article. Bien que ce soit d’importance tout à fait minime, il est assez particulier de trouver les lignes suivantes, concernant la façon dont les auteurs ont simulé des conditions réelles d’un rayonnement GSM:

Une telle particularité ne se trouve pas tous les jours dans un texte scientifique. Les éditeurs et/ou relecteurs n'ont-ils rien vu?

Une telle particularité ne se trouve pas tous les jours dans un texte scientifique. Les éditeurs et/ou relecteurs n’ont-ils rien vu?

Prof. Lai dit avoir lu l’article avec attention, mais si ni lui, en tant qu’éditeur, ni les relecteurs n’ont relevé la chose, j’ai des doutes sur la façon dont ce journal vérifie les articles. C’est inquiétant, parce que Prof. Lai est aussi responsable des Research Summaries of the BioInitiative 2012 (L’article de Cammaerts et al. est mentionné dans ces rapports). Plusieurs organisations respectables ont déjà critiqué les conclusions de BioInitiative dans le passé, et si d’autres articles similaires continuent de faire partie de ces rapports, ceux-ci deviennent des sources d’informations encore moins fiables quand il s’agit des effets des champs EM sur la santé .

Dans une interview vidéo (en français), Cammaerts explique que son article a été refusé par deux journaux européens avant d’être accepté par Electromagnetic Biology and Medicine. Elle insinue que les refus sont dus au fait que ses résultats ne vont pas de le sens de ce que d’autres scientifiques et les politiques voudraient nous faire croire, que les rayonnements GSM ne posent aucun risque.

Le message clé de l’article ne semble pas être la perte de la capacité d’apprentissage sous rayonnement GSM, ceci dit. Une partie de l’article décrit l’état atroce dans lequel sont plongées les six colonies après l’expérience. Les fourmis « ont montré des signes d’ataxie locomotrice », « la quantité de nourriture ingérée a diminué pendant l’exposition aux ondes », « les larves avaient un développement perturbé » et « de nombreux adultes (ainsi que la reine) ont été trouvés morts à la fin de l’expérience ». Quelques citations du même cru:

Les effets des rayonnements GSM 900 Mhz sont évidents.

Manifestement, l’adaptation à une exposition électromagnétique est impossible.

Conclusion 7: De plus, six impacts physiologiques des rayonnements GSM 900MHz ont été observés (mais non quantifiés car inattendus). Ces effets étaient liés au mouvement des fourmis, à leur nutrition, et au développement de leurs petits.

Si c’était vrai, ce serait un résultat inquiétant. Au lieu de tenter une réplication de l’expérience, dans laquelle on évaluerait comment les fourmis se portent sous ondes GSM (sans s’encombrer du conditionnement et des tests pour le vérifier), avec des contrôles adéquats, Cammaerts se lance dans des expériences plus compliquées, où elle mesure la longueur, la vitesse et la « courbure » des trajectoires des fourmis (lien: pdf). Je me demande pourquoi.

Adapté de mon blog original sur Klopdatwel.nl: Mieren gestoord door GSM?

Expérience de pensée
Comme il n’y avait que 20-30 fourmis fourragères par colonie à chaque fois, on peut raisonnablement penser que certaines fourmis ont été choisies plusieurs fois. Est-ce que ça pourrait être la raison de cette variance trop faible? J’ai joué un peu avec cette idée. Supposons que les fourmis ait une préférence innée pour le vert ou, au contraire, évitent cette couleur (pro-vert et anti-vert). Et supposons par exemple que la colonie 6 comporte 23 fourmis, dont 11 pro-vert et 12 anti-vert. En sélectionnant 7 fois (groupe contrôle inclus) 20 fourmis au hasard parmi les 23, on pourrait assez bien retrouver les chiffres du tableau. En incluant également les autres colonies, le tableau général n’est pas si improbable que ça (pour ces 42 cases).
Mais cette idée ne tient pas si on regarde aussi les autres tables et surtout elle dépend des prémisses hautement improbables qu’il existe une telle préférence innée et que celle-ci soit divisée équitablement dans chaque colonie. Et si on veut absolument conserver cette idée, il faudrait alors conclure que les rayonnements GSM protègent les fourmis d’une modification de leur préférence innée.

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Bonne année!
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L’expérience des écolières danoises avec des routeurs WiFi et du cresson, un bon exemple de mauvaise science (Pepijn van Erp)

EDIT 25/05/2014: Jean-Michel Abrassart, du blog Scepticisme Scientifique, m’a proposé d’inclure une section Sceptom pour ses podcasts, ce que j’ai accepté avec plaisir. Le premier épisode de cette nouvelle série traite de cet article et est disponible ici: Épisode #241: Wifi et cresson.


 

Pepijn van Erp est un mathématicien néerlandais et membre de la fondation sceptique néerlandais Skepsis. Il écrit principalement en néerlandais mais il traduit en anglais les articles qu’il estime les plus intéressants, dans un blog qui s’appelle, tout simplement, Pepijn van Erp. Son blog est moins actif que les deux blogs dont j’ai traduit des articles pour mes premiers posts, Science-Based Medicine et Edzard Ernst, mais une moyenne de 2 posts par mois, c’est tout à fait respectable.

De son blog, j’ai choisi en premier un article qui m’avait particulièrement plu et qui répondait à un sujet qui avait fait un petit buzz il y a quelques mois: une expérience d’école qui « prouvait » la nocivité des ondes WiFi. Étant donné le climat particulièrement anxiogène qui existe actuellement à propos du WiFi et à peu près de toute technologie peu comprise, mal comprise, ou pas comprise du tout, et vu que peu de médias traditionnels sont apparemment capables de faire autre chose que les perroquets, ce genre d’articles est particulièrement nécessaire et, à mon avis, il n’y en a pas assez. D’où une traduction pour les lecteurs francophones. J’en profite tout de même pour mentionner un autre article francophone sceptique sur le sujet, sur l’excellent blog de Nima Yeganefar, Sham and Science.

L’article original a été publié le 25 mai 2013 sous le titre « Danish School Experiment with WiFi Routers and Garden Cress, Good Example of Bad Science« .

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L’histoire des cinq écolières danoises qui ont gagné un prix grâce à leur expérience montrant prétendument que le rayonnement électromagnétique des routeurs WiFi a un effet négatif sur la germination du cresson, a été rapportée par de nombreux sites internet. Jetez juste un œil au nombre de résultats Google en cherchant « wifi cress« 1. Les filles ont placé devant une fenêtre 12 assiettes contenant des graines de cresson posées dans du coton, les ont arrosées d’eau régulièrement et ont observé la germination des graines. Des routeurs WiFi ont été placés à proximité de 6 des assiettes. Après 13 jours, le cresson a été coupé et séché, et les graines ayant germé ont été comptées.  Une grande différence a été trouvée. Les graines soumises aux rayonnements ont beaucoup moins germé. Une preuve des effets négatifs du WiFi? Pas vraiment.

L’expérience a d’abord été publiée sur un site web danois (traduction Google2) et puis récupérée par Geek.com et ABC News notamment. Des comptes-rendus pas très critiques. Le journaliste scientifique norvégien Gunnar Tjomlid a bien étudié le design de l’étude et le rapport. Il a relevé beaucoup de choses à remettre en question. Je vous suggère de lire son excellent blog (avec traduction Google si vous ne lisez pas le norvégien3). Je vais simplement mentionner les choses les plus importantes:

  • Le groupe WiFi et le groupe contrôle n’étaient pas différents uniquement à cause de la présence des routeurs. Sur les images dans le rapport, on peut voir que les PC portables dans le groupe WiFi étaient eux aussi positionnés à proximité des assiettes. Il est fort probable qu’il y ait eu un effet sur le flux d’air et sa température autour des assiettes et par conséquent sur la germination, ce qui n’a rien à voir avec les présence des champs EM. Pas correctement contrôlé.
  • Il était évident quel était le groupe WiFi et quel était le groupe contrôle. Non aveuglé.
  • D’après un contact avec la prof de sciences des filles, Tjomlid a appris qu’il y avait eu deux expériences. Dans la première, les routeurs émettaient uniquement leur SSID. La deuxième expérience, dans laquelle les portables se « pingaient » constamment, ne montrait aucune différence important dans la germination. Seule la première expérience a été utilisée dans le rapport (c’est un point pas tout à fait clair, en raison d’informations contradictoires données par l’enseignante). Biais de publication: ne pas rapporter les résultats négatifs.

    Ce graphe est une bien meilleure représentation des résultats, mais pas aussi "sexy" que les photos du cresson.

    Ce graphe est une bien meilleure représentation des résultats, mais pas aussi « sexy » que les photos du cresson.

  • Les articles retrouvés dans les blogs illustraient la différence en germination par des photos des assiettes de cresson, l’une montrant du cresson mature, non irradié, « sain », et l’autre du cresson irradié, « malade ». Si vous regardez les résultats complets dans le rapport, ils ne paraissent pas si choquants: en moyenne le groupe contrôle avait 332 graines germées contre 252 dans le groupe WiFi. Représentation trompeuse des résultats dans la presse.
  • (non relevé par Tjomlid). Les assiettes d’un groupe n’étaient pas spatialement séparées, donc on ne peut considérer des assiettes individuelles comme des observations indépendantes. En fait, on pourrait estimer qu’il s’agit d’une expérience à N=2. Analyse statistique erronée.
  • Les filles ont arrêté l’expérience au jour 13. Pas parce qu’il s’agissait d’un moment prédéfini, mais parce que c’est le moment où le cresson du groupe contrôle avait atteint sa hauteur maximale. Le problème, c’est qu’avec une différence de température de seulement quelques degrés, le cresson peut mettre quelques jours supplémentaires à atteindre la même hauteur. S’il y avait donc une différence de température à cause de l’emplacement des PC portables, ou pourrait s’attendre à ce que le groupe WiFi ait poussé de façon similaire au groupe contrôle si on l’avait laissé quelques jours de plus. Elles cherchaient à obtenir le résultat qu’elles attendaient. Biaisées envers un résultat particulier.
  • Donc comment ces jeunes filles ont-elles accumulé autant de biais? Eh bien, on ne leur avait fourni que de la littérature pointant vers des études qui montraient des effets nocifs, menées par des chercheurs discrédités par des scientifiques sérieux. Et pour un potentiel mécanisme de fonctionnement (dangereux) des champs EM, elles se sont basées sur un unique rapport écrit par Thomas Grønborg, qui lui-même s’est basé sur Olle Johansson (voir plus loin). Choix partial des sources.
D'après le site danois: "Des chercheurs de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et de la Suède ont montré beaucoup d'intérêt dans l'expérience de biologie des cinq filles."

D’après le site danois: « Des chercheurs de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et de la Suède ont montré beaucoup d’intérêt dans l’expérience de biologie des cinq filles. »

Qui sont donc ces scientifiques si enthousiastes par rapport à cette mauvaise expérience? L’article sur le site danois mentionne Olle Johansson, qui a reçu le prix « Trompeur de l’année » des sceptiques suédois en 2004. Il est bien connu pour ses idées sans fondement sur les effets nocifs des rayonnements. Il est dit dans l’article danois qu’il compte répliquer l’expérience des filles en collaboration avec la chercheuse senior Marie-Claire Cammaerts de l’Université Libre de Bruxelles4. On ne devrait s’attendre à rien de bon de cette réplication car, comme je l’ai montré dans le blog il y a quelques temps, on ne peut probablement pas faire beaucoup confiance à Cammaerts pour ce genre d’expériences (voir: Des fourmis capables de miracles statistiques sous rayonnement de GSM?5)
Tjomlid mentionne aussi Andrew Goldsworthy, un autre alarmiste bien connu, et le néerlandais Niek van ‘t Wout, qui est le responsable de l’espace vert d’une ville néerlandaise et l’instigateur de recherches sur les effets potentiellement nuisibles du WiFi sur les arbres (il n’est donc pas scientifique lui-même). Après une expérience pas très concluante, l’université de Wageningen a repris la suite, dont on n’a plus entendu parler.

Il est assez clair qu’on ne peut tirer de cette expérience aucune conclusion sur les effets non thermiques des routeurs WiFi sur la germination. C’est dommage que les filles aient eu comme superviseur une enseignante manifestement biaisée et que leur travail est maintenant récupéré par des pseudo-scientifiques comme « preuve » que les champs EM sont très dangereux, alors que le consensus est que, si risques il y a, ils sont extrêmement faibles. On peut difficilement blâmer les filles pour les erreurs commises et on espère que cette expérience n’entachera pas leur intérêt pour la recherche. Ce peut même être un excellent apprentissage, pour autant qu’elles veuillent bien regarder à ce qui n’allait pas, parce qu’il y avait trop de mauvaise science.

N’oubliez pas de lire le blog de Gunnar Tjomlid, il contient bien plus de choses intéressantes que mon résumé: http://blogs.wsj.com/numbersguy/trees-and-wi-fi-may-co-exist-after-all-1018/

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1 J’ai fait aussi une recherche « wifi cresson » sur google.be

2 Et la Google traduction en français ici. (Il va de soi que si je lisais le danois, je vous aurais fourni une traduction de meilleure qualité.)

3 Et la traduction Google française ici.

4 C’est là d’où je viens, donc je peux pas m’empêcher de faire une spéciale dédicace à mes amis ulbistes. La mention de l’ULB n’est pas tout à fait reluisante dans ce contexte, mais tant pis.

5 Il est probable que je traduise celui-ci un autre jour.

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Re-joyeux Noël!

Un nouveau blog sur les médecines alternatives. Pourquoi? (Edzard Ernst)

Une de mes sources les plus consultées en matière de santé avec Science-Based Medicine est le blog d’Edzard Ernst, un médecin britannique (d’origine allemande) formé dans certaines médecines alternatives (homéopathie, chiropraxie, acupuncture…) dont il a même été praticien pendant plusieurs années. Il a publié beaucoup dans ces domaines, et ses recherches ainsi qu’un sens aigu de la rigueur scientifique l’ont amené à devenir un critique régulier des CAM. Il est également auteur de plusieurs livres et tient maintenant depuis 2012 un blog qui fait partie de mes sources habituelles.

Pour mieux présenter son blog, qui, à mon avis, reviendra régulièrement dans les traductions, voici le tout premier article, publiée le 14 octobre 2012 sous le titre A New Blog on Alternative Medicine. Why?

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Pourquoi un autre blog proposant des analyses critiques des choses bizarres et incroyables qui se passent dans le monde des médecines alternatives? La réponse est simple: comparés à la pléthore de désinformations sans le moindre esprit critique qui existe sur le sujet, les quelques blogs qui tentent d’apporter une vision sceptique et plus réfléchie sont bien nécessaires; et plus il y en a, mieux c’est.

Mais mon blog ne fera pas que fournir une autre critique des médecines alternatives; il sera différent, j’espère. Les raisons en sont assez évidentes: j’ai fait de la recherche sur les médecines alternatives pendant 20 ans. Mon équipe et moi avons mené environ 40 études cliniques et publié plus de 100 revues systématiques des médecines alternatives. Nous étions de loin l’unité de recherche la plus productive en la matière. Pendant 14 ans, nous avons organisé une conférence internationale annuelle pour les chercheurs du domaine. Parmi les plus influents, j’en connais de nombreux personnellement, et je connais leur façon de penser. J’ai répété et appris tout ce qui existe comme argument pour ou contre les médecines alternatives des dizaines de fois.

En bref, je ne suis pas quelqu’un qui juge les médecines alternatives en étranger; je connais le terrain. Vraisemblablement, je suis le seul chercheur dans le domaine qui veut bien [ou est capable de?] affirmer publiquement ce qui ne va pas avec les médecines alternatives. C’est sans doute un des avantages à être un professeur émérite!

Ceux qui ont critiqué telle ou telle thérapie alternative sans expérience de terrain ont toujours été dénigrés par les croyants comme des gens mal informés; l’argument est toujours le même: « Ce type-là ne sait pas de quoi il parle ». Par conséquent, toute critique venant de l’extérieur était à peine prise au sérieux par ceux qui en avaient le plus besoin. Pourtant, il serait difficile d’ignorer mes arguments de la même manière: je peux démontrer que j’ai une expérience sur le terrain et je sais de quoi je parle. Je ne suis clairement pas un profane.

Les gens qui critiquent les médecines alternatives ont tendance à dire qu’aucune n’a de valeur scientifique et que nous devrions les jeter toutes à la poubelle. Cependant, je ne suis pas convaincu de la justesse de cette opinion. Mon but est d’adhérer aux principes de la science basée sur les preuves et je sais qu’ils peuvent être appliqués tout autant aux médecines alternatives tout autant qu’aux autres domaines de la santé. Cela signifie que je ne rejetterai pas d’emblée tout ce qui a l’air un tant soit peu alternatif. Notre recherche a montré que certains traitements fonctionnent dans certains conditions, et lorsque c’est le cas, je le soutiendrai toujours.

Ce qui suit est, je pense, assez simple: ce blog sera différent des autres blogs sur le sujet. Il fournira une évaluation critique parce que, à mon sens, c’est ce dont nous avons besoin. Mais il ne s’engagera pas dans une attaque virulente et systématique des médecines alternatives. Plus important, il fournira des commentaires et des perspectives basées sur de nombreuses années de recherches et de publications dans ce domaine.

En écrivant ces premières lignes, il m’a semblé opportun d’accueillir des blogueurs invités pour exprimer leur opinion. Quiconque ayant l’envie de contribuer peut me contacter et nous verrons ce que nous pouvons faire ensemble.

Avant de commencer à discuter des problèmes des médecines alternatives, je souhaite établir quelques règles de base pour les débats dans ce blog. Il est certain que j’apprécie les vues clairement exprimées et j’ai l’intention d’être aussi franc que possible, dans les limites de la politesse. J’espère que les commentateurs feront de même, qu’ils soient d’accord ou pas avec moi. Mais quelques principes simples devraient être respectés par tous ceux qui commentent sur mon blog.

Les propos diffamatoires ne sont pas permis.

Les commentaires doivent rester dans le sujet.

Rien de ce qui est publié ici ne doit être considéré comme un conseil médical.

Toutes mes déclarations sont des commentaires au sens légal du terme.

Les conflits d’intérêt devraient toujours être divulgués.

Je prendrai la liberté d’arrêter toute discussion si je sens que le sujet a été épuisé et devient ennuyeux ou répétitif.

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À part ça, un joyeux noël à tous!

Réponse à nos critiques (2/2): ça ne peut pas faire de mal!

Mon premier post était la traduction de la première partie d’un article de Science-Based Medicine (que je compte abréger très rapidement en SBM par fainéantise facilité) qui en comporte deux. Difficile d’ignorer longtemps cette seconde partie, donc plutôt que de faire traîner les choses, la voici. L’article original est là: Answering Our Critics, Part 2 of 2: What’s the Harm? publié le 1er Octobre 2013 par Harriet Hall.

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La semaine passée, j’ai publié une liste de 30 réponses à de nombreuses critiques faites de façon récurrente par des personnes qui apprécient peu ce qu’on raconte sur SBM. Le n°30 me paraissait mériter son propre article; le voici. J’ai également ajouté à la fin quelques éléments supplémentaires par rapport à la liste originale.

Quel mal y a-t-il donc à essayer les médecines alternatives? La médecine basée sur la science a été pointée du doigt pour sa rigidité et son intolérance. Pourquoi insistons-nous sur la nécessité d’études cliniques randomisées, contre placebo, pour prouver qu’un traitement est efficace et sûr? Cela ne suffit-il pas quand les patients disent qu’ils se sentent mieux? N’est-ce pas ce que nous voulons, après tout, que les patients se sentent mieux? Et même si le traitement ne fonctionne que par effet placebo, n’est-ce pas une bonne chose malgré tout? Quel mal y a-t-il?

L’étude albuterol/placebo

Je considère qu’on ne souhaite pas seulement que nos patients pensent qu’ils se sentent mieux, on veut qu’ils aillent vraiment mieux. Une étude illustrant ce principe a été déjà discutée sur ce blog, ici et ici.

Un groupe de patients utilisant un inhalateur d’albuterol pour l’asthme a été comparé à 2 groupes placebo (un groupe avec inhalateur placebo et un groupe avec de l’acupuncture simulée), et à un groupe sans aucun traitement (contrôle). Les patients ont rapporté le même soulagement de leurs symptômes dans les deux groupes placebos et le groupe inhalateur d’albuterol; ces trois groupes ont rapporté une amélioration significative par rapport au groupe contrôle. On pourrait en conclure que l’effet placebo est efficace pour les symptômes subjectifs de l’asthme.

Mais lorsqu’une mesure objective était employée, l’amélioration de la fonction pulmonaire, seul le groupe albuterol montrait une augmentation du flux ventilatoire. Les groupes placebo ne se distinguaient pas du groupe contrôle. Vous avez donc dans ce cas des patients qui se sentent mieux et qui pensent qu’ils vont mieux mais qui en réalité ne vont pas mieux, qui pourraient ne pas se rendre compte de la gravité d’une attaque d’asthme suffisamment tôt pour aller aux urgences et éviter ainsi un danger mortel. Comme Peter Lipson disait, nous avons des traitements pour l’asthme, qui sont efficaces et peuvent sauver des vies, et traiter une attaque d’asthme avec un placebo est de la folie.

Un éditorial peu scrupuleux, qui accompagnait le commentaire, disait:

Qu’est-ce qui est plus important en médecine: l’objectif ou le subjectif, la perception du médecin ou celle du patient? La distinction est de taille car elle permet de décider si nous voulons une pratique centrée sur le patient ou plutôt dirigée par le médecin… Pour des conditions subjectives et fonctionnelles — par exemple la migraine, la schizophrénie, les douleurs de dos, la dépression, l’asthme, le syndrome de stress post-traumatique, les désordres neurologiques comme la maladie de Parkinson, le syndrome du colon irritable et de nombreuses autres maladies auto-immunes, en fait n’importe quelle condition qui se définit par les symptômes, ou idiopathique — une approche centrée sur le patient signifie que le résultat ressenti par le patient prend le pas sur le jugement du médecin.

Le patient devrait-il tenir les rênes?

Certaines de ces conditions ne sont justement pas uniquement définies par leurs symptômes; elles ont aussi des fondements physiologiques et peuvent être identifiées par des valeurs de laboratoire anormales. Nous sommes bien d’accords que seul le patient peut nous dire s’il a mal, s’il se sent déprimé, etc. et nous devons toujours l’écouter et le croire. Mais des choses telles que des changements de comportement, l’utilisation de médicaments, et les tremblements Parkinsoniens peuvent être remarqués par d’autres, et les maladies auto-immunes peuvent être suivies par simples prises de sang.

Le ressenti du patient devrait-il être notre idéal de résultat? Voulons-nous vraiment proposer n’importe quel traitement qui donne l’impression au patient d’aller mieux? Penn Jillette a sorti cette réplique culte: « Si tout ce que vous voulez, c’est de vous sentir mieux, prenez de l’héroïne. » Quid si vous poussez le concept du « centré-sur-le-patient » à l’extrême? Quid si un patient préfère de hautes doses d’héroïne pour un mal de tête, ou un antibiotique pour un rhume, ou exige une chirurgie inutile? Les apotemnophiles1 seront satisfaits du résultat s’ils sont amputés d’un membre sain. L’héroïne rend les gens euphoriques, les patients qui ressortent d’une consultation avec une prescription d’antibiotiques sont plus heureux que lorsqu’on les frustre en contrecarrant leur souhait, et un patient peut être rassuré par une laparotomie inutile qui ne trouve rien d’anormal. Est-ce que tout ça doit prendre le pas sur le jugement du médecin? Je ne pense pas!

Les médecins sont consultés parce qu’ils ont une expertise. Ils ont la responsabilité d’éduquer et conseiller leurs patients, de travailler avec eux, de prendre leurs préférences personnelles en compte, de faire ce qui est dans leur meilleur intérêt, pas seulement ce qu’ils croient être mieux. La médecine n’est pas un magasin de détail où le client est roi. Les placebos sont contraires à l’éthique, et la tromperie tend à miner la relation docteur/patient.

Quel est, au juste, le pouvoir du placebo?

L’effet placebo a été largement surestimé. Un auteur a été jusqu’à dire que c’était la preuve que Dieu existe. On affirme souvent qu’un tiers de toutes les maladies peuvent être guéries par placebo, mais c’est faux. C’est une mauvaise compréhension d’un article de 1955 par Henry Beecher. Il a compulsé les études comportant un bras placebo et a découvert qu’en moyenne, un tiers des patients dans le bras placebo rapportait une amélioration. Mais ces patients n’étaient pas tous sujets à l’effet placebo; certains auraient rapporté une amélioration même sans traitement, en raison de l’évolution naturelle de la maladie et d’autres facteurs.

Deux études postérieures par Hrobjartsson et Gotzsche en 2001 et 2010 ont regardé les études comportant à la fois un bras placebo et un bras sans traitement et ont conclu ceci:

Nous n’avons pas trouvé que l’effet placebo possède d’importants effets cliniques en général. Cependant, dans certains contextes, l’utilisation des placebos peut influencer les résultats que le patient rapporte, en particulier la douleur et la nausée, bien qu’il est difficile de faire une distinction entre les effets rapportés par le patient et le biais de sous-déclaration2. L’effet sur la douleur varie, même parmi les études avec un faible risque de biais, entre négligeable et cliniquement important. Les variations de l’effet placebo étaient en partie expliquées par les variations dans la façon dont les études étaient conduites et dont les patients étaient informés.

Selon eux, il n’y a pas lieu d’utiliser des placebos en-dehors du cadre des études cliniques. Les placebos peuvent peut-être soulager des maux de têtes, mais ils ne peuvent pas soigner un cancer ou une pneumonie. Les antibiotiques fonctionnent tout aussi bien si le patient dort ou est dans le coma; les placebos ne fonctionnent que si le patient est éveillé et sait qu’il a reçu quelque chose.

Il n’y a pas qu’un seul effet placebo, mais une quantité de réponses placebo différentes qui fonctionnent selon différents mécanismes, parmi lesquels la diminution d’anxiété, l’attente, l’activation des centres de récompense du cerveau, le conditionnement, et l’apprentissage. Fabrizion Benedetti a fait des recherches passionnantes sur les placebos, en étudiant les changements physiologiques lorsqu’un patient répond sous placebo. Il pense également que les placebos n’ont pas leur place dans la pratique clinique.

Les étapes du raisonnement des CAM3

Les supporters des CAM tendent à suivre ces étapes:

  1. Ils acceptent les témoignages comme preuves et ne voient pas l’intérêt de recherches scientifiques.
  2. Ils reconnaissent que la communauté scientifique ne pourra pas accepter leurs prétentions sans études scientifiques.
  3. Ils font quelques études.
  4. Lorsque les faiblesses méthodologiques de ces études sont mises en avant, ils essaient de faire des études de meilleure qualité.
  5. Une revue systématique des études échoue à conclure en faveur de leurs affirmations.
  6. Ils sont forcés d’admettre qu’il n’y a pas de preuves scientifiques convaincantes que leur traitement fonctionne mieux qu’un placebo.
  7. Ils prétendent que même si le traitement n’est qu’un placebo, il devrait quand même être utilisé pour l’avantage de l’effet placebo.
  8. Ils affirment que l’effet placebo est « efficace » et qu’il est acceptable de tromper les patients.

Quel mal y a-t-il?

Val Jones a forgé le terme « les apathiques »4 pour désigner les docteurs qui pensent que les médecines alternatives sont inoffensives et ne valent pas la peine d’être combattues. Nous pensons que « les apathiques » ont tort.

Qu’y a-t-il de mal à dire à un patient qu’un traitement inefficace apporte des bénéfices réels et objectifs? J’estime que cela revient à mentir, que c’est inéthique, et nuit à la relation médecin/patient. Si un patient apprend qu’un médecin l’a trompé avec une pilule de sucre, il ne pourra plus lui faire confiance à l’avenir.

Et si le patient prend déjà un traitement inefficace en pensant que ça l’aide? Nous devrions nous demander si cela expose le patient à un danger potentiel. Nous devrions nous demander si le patient prend ce traitement à la place d’autres traitements qui ont été prouvés efficaces et peuvent se révéler vitaux. Si la réponse à ces deux questions est négative, il vaut mieux humainement ne pas confronter le patient sur ses croyances.

Nous devrions avoir des règles solides envers la médecine basée sur les preuves et envers les principes éthiques, mais il y a des moments où ces règles devraient être transgressées au nom du bon sens et de l’empathie. Que dire à une patiente de 80 ans qui prend mensuellement des injections de B12 depuis 40 ans et est convaincue qu’elle en a besoin, même si la science nous dit qu’il n’existe absolument aucune indication médicale pour un tel traitement? Il est très peu probable que ce que nous lui disions change quoi que ce soit sur ses croyances. Les confronter ne fera que la mettre en situation de doute. Et si nous les lui refusons, elle ira de toute façon les faire ailleurs. Ces injections sont fort probablement sans danger, et elle se sent mieux et rassurée quand elle les prend. Dans un tel cas, j’ignorerais les règles et la laisserais faire ses injections. Je ressentirais sans doute une pointe de culpabilité pour avoir enfreint les règles, et nous devrions nous sentir coupables à chaque fois que c’est le cas, et ce, afin d’éviter les dérives et enfreindre les règles quand on ne devrait pas. Nous pouvons nous le permettre seulement si nous avons de bonnes raisons et en supposant que d’autres personnes sensées seraient probablement du même avis.

Donc, dans des cas bien précis et individuels, la croyance en un traitement inefficace est relativement inoffensive et ne devrait pas être ouvertement critiquée. Mais de façon générale, les fausses croyances peuvent se révéler dangereuses. Il existe un site web, What’s the Harm, qui recense les cas où de telles fausses croyances ont été nocives. Jusqu’à présent, ce site a compilé les rapports de 368 379 tués, 306 096 blessés et plus de 2 815 931 000 $ de dommages économiques. Je vous conseille d’y aller consulter les comptes-rendus de patients qui sont morts ou ont souffert de graves séquelles à cause de fausses croyances sur la santé, allant de l’acupuncture jusqu’aux overdoses de vitamines.

Le concept des soins de confort

Que signifie « efficace »? Il est important de comprendre la différence entre des résultats objectifs et les perceptions des patients. On peut conclure à partir des données disponibles que l’acupuncture n’est rien d’autre qu’un placebo théâtral. On peut conclure qu’il serait inéthique de recommander ce traitement. Mais si un patient est déjà adepte de l’acupuncture et ressent un soulagement des symptômes grâce à elle, on tombe dans la catégorie des soins de confort, où le patient retire un certain confort d’une procédure qui n’a aucun effet spécifique. Les massages de dos, les oreillers rembourrés, passer du temps à écouter les patients, ce n’est pas ce genre de choses qui guérissent une maladie, mais elles offrent un certain réconfort. Personne ne songerait à priver les patients de tels réconforts. Si le patient pose des questions sur l’acupuncture ou d’autres traitements objectivement inefficaces, on peut répondre honnêtement sur base des preuves scientifiques négatives tout en reconnaissant que certains patients pensent en retirer un certain réconfort et qu’il y a peu de danger.

Conclusions

  • Les placebos ne sont pas très utiles.
  • Les placebos n’ont pas leur place dans la pratique clinique. Leur utilisation est inéthique.
  • Accepter de fausses croyances peut blesser, parfois même tuer. Suivre un traitement inefficace peut retarder ou interférer avec un traitement conventionnel efficace.
  • La médecine basée sur la science est la seule base fiable pour prouver la sûreté et l’efficacité d’un traitement, et pour former un ensemble de règles de pratique clinique, mais nous pouvons parfois sortir du cadre de ces règles dans l’intérêt et le confort du patient. Une science rigoureuse peut être modérée par le bon sens, la bienveillance, et l’empathie.
  • Nous pouvons proposer au patient des soins de confort qui n’auront pas d’impact sur l’évolution de la maladie, pour autant qu’ils ont été clairement identifiés comme soins de confort, sans fausses promesses de bénéfice thérapeutique.
  • Nous ne devrions pas proposer des placebos, mais nous pouvons parfois les tolérer.
  • Il n’y a qu’un petit pas à franchir entre agir selon la volonté du patient et agir selon son intérêt à long terme.

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Ajouts à la liste de la première partie

31. X a été officiellement approuvé par… donc ce doit être efficace.

En citant quelque organisation ou autorité. Ça peut être Medicare5, les mutuelles, les commissions étatiques de licences en acupuncture/chiropraxie/naturopathie, l’OMS, les cours de justice, certains hôpitaux/cliniques, certains médecins ou autres experts. Ou encore: le NCCAM6 investigue sur le sujet, donc il doit bien y avoir quelque chose.

C’est un argument similaire au n°7, l’appel à la popularité. Il s’agit d’un sophisme appelé argument d’autorité. Ces organisations ne sont pas des autorités lorsqu’il s’agit de vérité scientifique; le plus souvent, elles n’ont même aucune expertise particulière en sciences. Elles sont influencées par certains facteurs comme la politique, l’opportunisme, la demande des clients, l’économie, les lobbys, les manœuvres légales, etc. Peu importe le nombre d’autorités qui approuvent un traitement, il est toujours nécessaire de le tester avec les méthodes appropriées pour déterminer son efficacité et sa sûreté.

32. Je ne peux pas me permettre financièrement la médecine conventionnelle; les CAM coûtent moins cher.

Si ça coûte moins cher mais ne fonctionne pas, vous faites de très mauvaises économies.

33. Des études montrent que ça ne fonctionne pas, mais peut-être que ça fonctionnera pour moi et une petite minorité de gens comme moi?

Peut-être, mais peu probable. Si ça fonctionnait pour une minorité assez grande, cela se verrait dans les données, cela aurait affecté les statistiques et aurait modifié les résultats de l’étude. Si la minorité est trop petite pour changer les résultats, quelle est la probabilité que vous soyez précisément parmi les rares personnes sensibles au traitement? Les chances jouent contre vous, et il n’y aucun moyen rationnel de choisir parmi les innombrables traitements qui ont été testés et prouvés inefficaces.

34. Mon médecin me dit que je n’ai pas de problèmes de santé, mais mon praticien alternatif a fait un test qu’on ne fait pas en médecine conventionnelle et a trouvé une condition qu’il fallait traiter.

Comment savez-vous que ce n’est pas un des nombreux tests bidons et diagnostics bidons qui abondent dans le milieu alternatif?

35. La médecine conventionnelle ne connait pas de traitement efficace pour ma maladie.

Les CAM non plus. Ils peuvent vous affirmer qu’ils en connaissent, mais ne peuvent vous offrir que de faux espoirs, ainsi qu’une perte de temps et d’argent. Peut-être est-il temps d’accepter qu’il n’existe pas de traitement et de se concentrer sur les moyens de faire face et d’améliorer sa qualité de vie.

36. Pourquoi vous focalisez-vous avec une telle obsession sur les CAM au lieu de vous en prendre aux abus de la médecine conventionnel et de Big Pharma?

C’est un argument parfois exprimé par « Balayez devant votre propre porte avant de critiquer les autres ». C’est précisément ce que nous faisons, régulièrement, en écrivant à propos de Big Pharma et des pratiques de la médecine conventionnelle. Mais il n’y a pas besoin d’insister beaucoup, parce que la médecine conventionnelle pratique constamment l’autocritique. Les pratiques actuelles sont continuellement réévaluées et abandonnées si elles sont démontrées inefficaces. Nous nous focalisons sur les CAM parce qu’elles n’ont pas cette tradition d’autocritique, parce qu’elles ne rejettent jamais un traitement lorsque les preuves sont pourtant négatives, et parce que presque personne n’écrit de façon critique sur les CAM.

Cet argument revient à dire « Pourquoi ne bloggez-vous pas sur ce que moi je considère important? » Et la réponse facile est: ce n’est pas votre blog, c’est le nôtre. C’est nous qui décidons.

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1 Le lien mène vers l’article Wikipedia anglais dont il existe un équivalent francophone ici. Mais il pointe plus particulièrement sur un paragraphe « Ethics » qui n’existe pas dans la version française et qui dit grosso modo ceci: « Les chirurgiens se trouvent parfois dans une situation difficile lorsqu’un apotemnophile les confronte. Un chirurgien ou un professionnel médical devra prendre une décision entre amputer un membre par ailleurs tout à fait normal ou bien le laisser et rendre son patient malheureux. Bien que beaucoup de professionnels seront d’accords pour dire que le bonheur d’un patient est de première importance, amputer un membre pourrait être hors de question parce qu’il n’y a aucun problème médical avec le membre en question. »

2 La traduction « biais de sous-déclaration » est en anglais: « biased reporting ». Je ne suis pas certain de l’avoir correctement traduit et je doute de la clarté de la phrase. L’idée de ce biais, c’est qu’un patient a tendance à plus souvent rapporter un résultat auquel il s’attend (par exemple aller mieux en ayant reçu un traitement) et inversement à rapporter moins souvent des résultats qui vont à l’encontre de ses attentes. En conséquence, on pourrait avoir une impression de meilleur résultat simplement à cause de ce biais, et conclure que les patients se sentent réellement mieux sous tel traitement alors que ce n’est pas le cas.

3 Pour rappel, CAM est l’acronyme de Complementary and Alternative Medicine, qui se traduit généralement par « médecines alternatives ». Je garde dans certains cas l’acronyme CAM, utilisé au féminin pluriel (lire « les médecines alternatives » en lisant « les CAM »).

4 Celui-là est franchement difficile à traduire. En anglais, le mot choisi est shruggie et fait référence au mot shrug qui désigne ce mouvement de haussement d’épaule par quelqu’un qui porte peu d’intérêt à la question. En français malheureusement, ce mouvement caractéristique ne porte pas d’autre nom que « haussement d’épaules » et je me voyais mal traduire par « les hausseurs d’épaules ». Le mot français qui se rapproche probablement le plus de cette description est « indifférent », mais ça manquait un peu de punch. J’ai pensé à « les à-quoi-bonistes »: ceux qui se disent « à quoi bon (perdre son temps à ce truc inoffensif)? », mais bien la formule, bien qu’originale, était trop lourde… J’ai finalement choisi « les apathiques », ce qui est probablement un peu fort (apathie, d’après Wikipedia: « L’apathie est un état émotionnel caractérisé par un manque d’intérêt à l’égard de situations […] Un individu apathique manque d’intérêt émotionnel, social, spirituel, philosophique et/ou physique). Mais à mon avis, ça colle assez bien à l’anglais shruggie qui a également une légère connotation péjorative, limite condescendante. Si mes lecteurs pensent à une traduction plus idoine, je suis preneur.

5 Medicare est le Medicare est le système d’assurance-santé géré par le gouvernement des États-Unis au bénéfice des personnes de plus de 65 ans ou répondant à certains critères (copié-collé de Wikipedia)

6 Le NCCAM est le National Center for Complementary and Alternative Medicine, littéralement le Centre National pour les Médecines Alternatives et Complémentaires, une branche de l’Institut National de la Santé aux États-Unis (NIH), et qui a pour objectif de faire de la recherche sur les médecines alternatives selon la méthode scientifique. En plus de vingt ans d’existence et 800 millions de dollars de dépenses, on attend toujours les résultats positifs…

Réponse à nos critiques (1/2) (Traduction SBM)

Pour ce premier post, je n’ai pas cherché la difficulté, j’ai repris un article de l’excellent blog Science Based Medicine (si vous lisez facilement l’anglais, je vous le conseille). L’article original s’intitule « Answering Our Critics, Part 1 of 2« , par Harriet Hall que je remercie pour avoir donné sa permission de traduire ses articles de SBM.

Tous les liens qui étaient présents dans l’article original ont été conservés, même s’ils mènent tous vers d’autres sources anglophones, principalement d’autres articles de SBM. S’il m’arrive dans le futur de traduire précisément les articles liés, et surtout si je me rappelle de ces liens, je viendrai rajouter un second lien pour mener vers la traduction. J’ai également dans la traduction ci-dessous ajouté des notes numérotées, principalement pour signaler des difficultés de traduction ou autres informations pertinentes à la compréhension du texte. Les numéros contiennent des hyperliens vers les notes en bas de page. Une fois en bas de page, le même numéro contient aussi un hyperlien qui ramène au texte. J’ai pensé à votre confort de lecture, chers lecteurs.

J’arrête de vous embêter avec des détails techniques, voici l’article ci-dessous.

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Certaines personnes apprécient peu ce que nous disons dans Science-Based Medicine. Certains critiquent des points bien précis tandis que d’autres s’en prennent à l’approche générale. Chaque fois qu’on parle des médecines alternatives et complémentaires (CAM1), on voit défiler les commentaires des utilisateurs et praticiens convaincus des médecines alternatives. Chaque mention d’un traitement qui a été prouvé inefficace ou simplement non rigoureusement testé amène son lot de témoignages de personnes prétendant avoir expérimenté eux-mêmes les effets miraculeux du traitement en question. Dans de précédents articles, j’ai compilé les critiques à propos de ce que j’avais écrit sur Protandim et Isagenix. Les lire est éclairant. Nous sommes ouverts aux critiques rationnelles et fondées, mais la plupart ne sont ni rationnelles, ni fondées.

Nos critiques radotent toujours les mêmes vieux mèmes, et il m’a semblé plus utile d’en faire la liste et d’y répondre d’un bloc plutôt qu’au cas par cas. À l’avenir, lorsqu’ils ressortent à nouveau, nous gagnerons du temps en redirigeant vers cet article avec le numéro de référence. Je réalise bien que cette liste n’est pas exhaustive, et j’espère que nos lecteurs souligneront les points que j’aurais oubliés. Voici quelques-unes des critiques habituelles:

1. Big Pharma2 vous soudoie pour promouvoir leurs produits et discréditer les médecines alternatives.

Non. Nous ne sommes pas les suppôts de Big Pharma. Nous ne sommes pas payés pour écrire ce blog. Nous ne recevons pas d’argent des entreprises pharmaceutiques. Nous n’acceptons pas de cadeaux. Nous ne recevons pas de bonus pour avoir prescrit certains médicaments. Nous ne sommes pas incités à favoriser certains médicaments par rapport à d’autres traitements. À ce propos, les critiques qui se tournent vers les remèdes naturels plutôt que pharmaceutiques devraient remarquer que de nombreux suppléments alimentaires des CAM sont vendus par des filiales de Big Pharma.

2. Vous êtes biaisés.

Oui, c’est vrai, et c’est une bonne chose. Nous sommes biaisés en faveur de la science et de la raison. Nous sommes biaisés contre les affirmations testées et réfutées et incompatibles avec nos connaissances scientifiques. Nous sommes biaisés contre des praticiens de la santé qui affirment des choses fausses à leur patient, leur présentent des opinions comme s’il s’agissait de faits. Nous sommes biaisés contre l’utilisation des placebos car nous considérons cela inéthique3. Nous ne sommes pas biaisés contre les CAM par principe; nous soutenons qu’il y a une seule médecine, que l’efficacité de traitements a soit été démontrée soit non, et que toutes les affirmations doivent être évaluées selon les mêmes standards et testées selon la méthode scientifique.

3. Vous avez peur de la compétition.

Aucunement. Les blogueurs de SBM n’ont que faire de la « compétition » puisqu’ils sont salariés, ou retraités, et ne pourraient gagner plus en ayant plus de patients. La plupart des médecins sont surchargés et ont déjà atteint la capacité maximale de leur patientèle. Les CAM ne possèdent qu’une faible part du marché de la santé. Nous ne craignons pas que les CAM nous prennent nos patients, mais nous sommes par contre inquiets à propos de leur bien-être et n’apprécions pas qu’on leur mente, qu’on leur donne des traitements inefficaces, qu’on les convainque de rejeter les traitements efficaces, parfois qu’on les maltraite.

4. La science ne sait pas tout: il existe d’autres voies vers la connaissance.

Si l’on parle de savoir si un traitement est efficace, il n’existe qu’une seule méthode fiable de connaissance: des tests contrôlés, utilisant la méthode scientifique. L’intuition, la tradition, la révélation, l’illumination à la Andrew Weil4, le rêve, l’extrapolation, la spéculation et l’expérience personnelle et anecdotique ne peuvent finalement mener qu’à de fortes convictions5, mais nous ne pouvons confondre ces convictions avec la réalité. Seule, la méthode scientifique est capable de fournir une connaissance fiable. Peu importe qu’elles aient l’air plausible, les affirmations doivent être testées avant de les considérer vraies.

5. Ça a fonctionné pour moi.

Peut-être, peut-être pas. Le constat d’amélioration de son état ne peut être fait qu’après le traitement; impossible d’être certain que c’est à cause du traitement. Il pourrait s’agir du sophisme post hoc ergo propter hoc. Il n’est peut-être pas évident d’imaginer d’autres explications, mais cela ne signifie pas qu’il n’y en a pas. Barry Beyerstein a montré quelques moyens qui poussent des gens à croire qu’une thérapie bidon fonctionne. Voyez aussi l’article Quackwatch sur la rémission spontanée et les placebos.

6. Essayez par vous-mêmes

Essayer par soi-même n’est pas un moyen fiable pour apprendre si un traitement fonctionne. Si les symptômes régressent, on ne peut savoir si c’est dû au traitement ou s’ils allaient régresser même sans traitement, ou encore s’il n’y a pas un autre facteur expliquant l’amélioration. C’est pour ces raisons qu’on utilise des groupes contrôles. Qu’en est-il si vos symptômes persistent? Cela n’empêche pas la possibilité que le traitement soit efficace pour 99% des patients et que vous soyez, par malchance, dans le pourcent restant. Lorsqu’on teste un remède et qu’on se sente mieux, c’est raisonnable, d’un point de vue pragmatique, d’essayer ce même remède à la prochaine apparition des mêmes symptômes, mais on ne peut utiliser son expérience personnelle comme une preuve que « ça fonctionne ».

7. Énormément de gens utilisent X, ils ne pourraient avoir tous tort.

Si, ils pourraient. La popularité n’est pas un témoin de la vérité. Au fil des siècles, combien de personnes ont cru en l’astrologie? Pendant des siècles, tout le monde croyait que les saignées étaient efficaces pour équilibrer les humeurs afin de guérir. Ce n’est que lorsqu’on put rigoureusement faire des tests que les médecins découvrirent qu’ils tuaient les patients plutôt que de les aider.

8. Ça a été utilisé pendant des siècles.

Il s’agit de l’argument de l’appel à la tradition, qui est un sophisme. Dr Novella explique pourquoi. Ce pourrait être une sagesse ancienne, tout comme ce pourrait être une erreur ancienne conservée depuis l’ère pré-scientifique.

9. C’est naturel, donc c’est sûr.

Pas forcément. Beaucoup de substances naturelles sont des poisons. Tout remède naturel doit être testé pour son efficacité et sa sûreté avec les mêmes standards utilisés pour tester les remèdes « non naturels » que sont les médicaments. Dr Novella a dénoncé ce sophisme du naturel ici. Les herbes sont aussi des médicaments, et tout ce qui peut avoir un effet spécifique peut avoir un effet indésirable.

10. Il existe des preuves de corrélation entre X et Y (selon une étude)

Une corrélation n’implique pas une causalité. L’augmentation des diagnostics d’autisme corrèle quasi parfaitement avec l’augmentation des ventes de la nourriture bio, mais cela ne signifie pas que la nourriture bio cause l’autisme. La corrélation peut être due au hasard, à des erreurs, à une collection de données de mauvaise qualité, ou bien d’autres choses encore. Il pourrait très bien n’y avoir pas de corrélation du tout; et même s’il y en avait, cela ne nous dit pas si X cause Y, Y cause X, ou bien X et Y sont tous les deux causés par Z.

11. Il y a des centaines d’études qui montrent que X fonctionne.

Dans une (trop) grande majorité des cas, la plupart des études citées par les supporters sont des études chez les animaux ou in vitro, et les autres sont des pièces d’opinion, des spéculations, et des études sans pertinence. Il peut exister d’autres études cliniques, et de meilleure qualité, qui montrent le contraire. N’importe quelle étude peut être trouvée pour aller dans le sens de n’importe quelle affirmation. La moitié des études publiées sont fausses, pour une série de raisons qui sont constamment discutées dans ce blog. On ne peut se focaliser uniquement sur les études positives; il faut regarder l’entièreté de la littérature sur le sujet. C’est là que les revues systématiques sont utiles. Et même elles peuvent ne pas refléter correctement la réalité: il peut y avoir des études négatives dont personne n’est au courant parce qu’elles n’ont jamais été publiées à cause du biais de publication. Rappelez-vous Carl Sagan: « Des affirmations extraordinaires requièrent des preuves extraordinaires. » Il faudrait une fameuse quantité de preuves en effet pour renverser les connaissances scientifiques bien établies nous disant qu’il est impossible que l’homéopathie fonctionne telle qu’elle voudrait le faire croire.

12. Vous répétez machinalement la ligne officielle de la médecine établie.

Le plus souvent nous arrivons aux mêmes conclusions que la majorité des autres médecins parce que nous regardons les mêmes preuves. Lorsqu’un comité d’experts passe en revue les publications scientifiques pour donner des recommandations basées sur des preuves, nous sommes souvent du même avis. Il nous arrive parfois d’être en désaccord sur l’interprétation des preuves (notamment lorsqu’ils ne tiennent pas compte des probabilités a priori ou incluent de la féeologie6) ou sur la façon dont ils tirent leurs conclusions. Nous comprenons que les guidelines basées sur les preuves ne sont que des guidelines, et qu’il reste à utiliser de sa faculté de jugement lorsqu’on les applique à chaque patient individuellement. Nous ne sommes pas d’accord juste parce que nous les reconnaissons comme une autorité. Il y a une différence entre l’argument d’autorité (c’est un professeur d’Harvard, donc nous devons faire confiance à tout ce qu’il dit) et accepter le consensus d’experts qui s’y connaissent mieux que nous dans un domaine (si 10 garagistes de renom sont tous d’accord pour dire qu’il faut remplacer le carburateur, on peut raisonnablement supposer qu’il faudrait effectivement le remplacer). Bien trop souvent, ce sont les défenseurs des CAM qui radotent les propos d' »autorités » non fiables qui ne savent pas de quoi elles parlent.

13. Les médecins conventionnels ne traitent que les symptômes, pas la cause sous-jacente de la maladie.

Cette stupide rengaine CAM est une accusation fausse et basse. Les médecins traitent la cause sous-jacente autant que possible. Si un patient a une pneumonie, nous ne soignons pas seulement la fièvre, la douleur et la toux; nous trouvons quel microbe en est responsable et prescrivons l’antibiotique adéquat. Si un os cassé est douloureux, nous ne traitons pas uniquement la douleur, nous immobilisons la fracture pour qu’elle puisse guérir. Si un patient agonise à cause d’une douleur dans le quadrant inférieur droit de l’abdomen, nous ne faisons pas que soulager la douleur, nous cherchons si la cause ne pourrait pas être une appendicite, et si c’est le cas, nous l’opérons.

Ceux qui nous accusent de pas traiter « la cause sous-jacente » sont souvent ceux qui pensent que toutes les maladies sont dues à une seule cause bidon (subluxations, déséquilibres du qi, mauvais régime alimentaire, etc.). Ils ont aussi tendance à n’utiliser qu’un seul traitement (quand vous n’avez qu’un marteau, tout ressemble à un clou). Un jour, j’ai cherche sur google « l’unique vraie cause des maladies » et j’en ai trouvé 63 différentes. La médecine basée sur les preuves reconnait 9 catégories générales, que l’on retient grâce au mot-clé VINDICATE7.

14. La médecine basée sur les preuves ne peut pas expliquer pourquoi certains tombent malades et d’autres pas.

Les médecines alternatives non plus. Mais les médecins conventionnels se font une plutôt bonne idée du pourquoi: exposition à des infections, nombre d’organismes entrant dans le corps, facteurs génétiques, toxines, immunité compromise, hasard, etc. Les CAM prétendent comprendre entièrement la question, en ne considérant qu’une seule cause qui compromettrait la santé optimale (comme les subluxations, les déséquilibres du qi, un mauvais régime alimentaire…). Mais ils n’ont jamais réussi à prouver que leur réponse est meilleure que celles de la médecine conventionnelle, ni que cette réponse permet de meilleurs résultats chez les patients.

15. La médecine conventionnelle tue les patients.

J’ai également écrit à propos du mème « Mort par médecine » ici. Les critiques citent joyeusement les statistiques sur les réactions aux médicaments, les erreurs médicales et les morts iatrogéniques; mais ce n’est pas rationnel de regarder des chiffres hors contexte. Les risques se pèsent toujours par rapport aux bénéfices. La médecine sauve bien plus de vies qu’elle n’en tue. Parmi ceux qui développent des complications d’un traitement, nombreux seraient morts plus vite sans ce traitement. Tous les traitements efficaces ont des effets secondaires. Nous observons le rapport risque/bénéfice et rejetons les traitements où le risque est plus grand que le potentiel bénéfice. Le rapport risque/bénéfice des CAM devrait être comparé à celui de la médecine conventionnelle; s’il n’y a pas de bénéfices prouvés, même le niveau le plus bas de risques ne peut être justifié.

16. Vous avez l’esprit fermé.

Nous sommes ouverts à tout nouveau traitement, aussi improbable qu’il puisse paraître, si on peut montrer son efficacité et sa sûreté dans des études contrôlées de bonne qualité. Avant de se demander comment ça fonctionne, on doit d’abord se demander si ça fonctionne. Si l’homéopathie avait montré le même succès spectaculaire que la pénicilline, tout le monde l’utiliserait. Lorsque Helicobacter fut suggéré comme la cause des ulcers, cela n’a pris que quelques années pour accumuler les preuves et utiliser les antibiotiques comme traitement de premier choix. Quand un traitement comme l’acupuncture a été étudié pendant des dizaines d’années, voire des siècles, et qu’on n’est toujours pas certains de son efficacité, il est temps d’arrêter la recherche et de dépenser l’argent ailleurs. Nous n’avons pas à garder un esprit ouvert à propos du mouvement perpétuel ou de la Terre plate, et nous n’avons pas à garder l’esprit ouvert à propos de l’homéopathie.

17. Vous avez trop de préjugés sur les CAM pour évaluer nos preuves avec objectivité. Aucune preuve ne vous fera changer d’avis.

Nous changeons d’avis constamment face à de nouvelles preuves. Nous regardons aux meilleures preuves existantes à propos de traitements alternatifs avant de les rejeter. Nous accepterions les CAM si elles étaient capables de fournir des preuves en quantité et qualité égales à celles nécessaires pour obtenir un consensus scientifique lorsqu’il s’agit de n’importe quel traitement médical. Que faudrait-il pour que les défenseurs de l’alternatif changent d’avis? La plupart se cramponnent si fermement à leurs croyances qu’ils rejettent toute preuve du contraire. Un praticien m’a dit un jour qu’il continuerait à utiliser sa méthode favorite même si on prouvait son inefficacité, parce que « ses patients en sont satisfaits ».

18. La science change constamment d’avis

Oui, et c’est une bonne chose. Les conclusions scientifiques sont souvent provisoires. Nous suivons les preuves là où elles mènent, et il nous arrive souvent de changer de cap lorsque de nouvelles preuves sont disponibles. Les CAM refusent de changer d’avis même face aux preuves les plus évidentes. La médecine scientifique arrête d’utiliser des traitements qui ont été prouvés inefficaces. Les médecines alternatives ne rejettent quasiment aucun traitement et ne fait presque aucune recherche pour évaluer des traitements entre eux et voir lequel est supérieur.

19. Les médecins sont uniquement intéressés par l’argent.

Je pense que la majorité des médecins sont entrés dans la médecine non par avidité mais parce qu’ils veulent aider les gens. Apprendre la médecine est long, éreintant et coûteux. La plupart des médecins contractent des dettes conséquentes pour leur éducation et prennent des années à les rembourser. Les villas et les grosses voitures n’arrivent que longtemps après leur diplôme. La valeur nette médiane d’un foyer pour un médecin est de 700 000$ et son revenu médian diminue. Ceux qui deviennent riches sont plutôt ceux qui commercialisent des remèdes bidons ou répandent la désinformation (comme Dr Oz, Andrew Weil, Burzynski, Daniel Amen, Kevin Trudeau, et toutes les firmes qui vendent des suppléments alimentaires et des remèdes miracles pour perdre du poids). En 2012, Boiron a vendu pour 566 millions d’euros de médicaments homéopathiques.

20. Les traitements alternatifs sont individualisés et ne peuvent être soumis aux mêmes tests que les médicaments pharmaceutiques.

Tout peut et devrait être mis à l’épreuve avec des méthodes scientifiques. Par exemple, les homéopathes pourraient faire des prescriptions individuelles selon leur propre méthode, ensuite les remèdes qu’ils prescrivent pourraient être randomisés contre placebo et donnés par quelqu’un d’autre, en double aveugle. Ou bien les résultats objectifs d’un traitement conventionnel vs. alternatif pourraient être comparés.

21. Les médecins ne font pas de prévention.

Bien sûr qu’ils en font! Qui, pensez-vous, a inventé la vaccination et les tests de dépistage préventif? Nz connaissez-vous pas le US Preventive Services Task Force8? Les médecins parlent régulièrement aux patients à propos du contrôle du poids, du régime alimentaire, de la ceinture de sécurité et autres sujets de sécurité, de l’alcool, des drogues, de la violence domestique, de l’exercice, etc. Les études cliniques sur ces sujets sont constamment publiées dans d’importants journaux médicaux. Et il n’y a aucune preuve que les efforts de prévention des praticiens alternatifs donnent de meilleurs résultats sur la santé des patients par rapport aux médecins conventionnels.

22. Les médecins ne savent rien sur la nutrition.

Ils connaissent la science de la nutrition et conseillent leurs patients en se basant sur les données scientifiques disponibles. Même s’ils n’ont pas eu de cours spécifiquement appelé « nutrition », ils apprennent comment les vitamines, les minéraux et d’autres nutriments sont métabolisés dans le corps. Les praticiens des CAM prétendent s’y connaître plus dans le sujet, mais fournissent plus souvent des conseils nutritionnels pseudoscientifiques et non fondés.

23. Les CAM sont mieux car elles sont holistiques.

Les CAM ont récupéré le principe holistique de la médecine conventionnelle. Les principes holistiques sont enseignés aux médecins en formation. Nous apprenons que le secret pour bien soigner le patient, c’est de prendre soin du patient, pas seulement de traiter la maladie. Dans l’anamnèse d’un patient, on s’intéresse aussi à son « histoire sociale ». Les bons cliniciens se penchent sur sa famille, son style de vie, son travail, ses tensions, son éducation, son régime, son statut socioéconomique, ses croyances, et à peu près toute facette de l’individu qui pourrait avoir un impact sur son suivi médical.

24. Nous n’avons pas besoin d’études cliniques; nous avons suffisamment de témoignages.

10 anecdotes ne valent pas mieux qu’une; 100 ne valent pas mieux que 10. Les données anecdotiques ne sont pas fiables, peu importe leur nombre. C’est une leçon qu’il a fallu réapprendre plusieurs fois à travers l’histoire de la médecine. Pensez donc au nombre de témoignages existant au Moyen Âge en faveur de la saignée. Les anecdotes peuvent être utiles, mais seulement pour donner des indices sur les sujets à investiguer dans des études cliniques.

25. Pourquoi ne nous croyez-vous pas?

Nous vous croyons. Nous croyons que vous croyez à ce que vous racontez. Nous croyons que vous avez fait l’expérience de ce que vous racontez. Mais ça ne veut pas dire que votre interprétation de cette expérience est correcte.

26. Si vous pensez que X ne fonctionne pas, pourquoi ne faites-vous pas une étude pour le prouver?

Ce n’est pas qu’on pense que X ne fonctionne pas, c’est juste qu’il n’existe aucune donnée pour nous faire penser que X fonctionne. Ce n’est pas à nous de prouver une négation. La charge de la preuve revient à celui qui affirme. Si je vous disais qu’en mettant un jeton de poker dans votre réservoir de carburant vous dépenseriez moins au kilomètre, vous devriez me demander de vous le prouver. Vous ne devriez pas mettre un jeton dans le réservoir ou faire une étude pour prouver que c’est faux.

27. L’establishment médical dénonce les médecins qui tentent de publier des études allant à l’encontre de la ligne officielle, et qui montrent que X fonctionne ou que la condition Y existe.

Au contraire. L’étude serait critiquée par le peer review9. Si l’étude est de bonne qualité, d’autres chercheraient dans la même direction. Un médecin qui découvre une nouvelle maladie ou traitement serait récompensé. Le traitement des ulcères par antibiotiques en est un exemple: les Drs Marshall et Warren ont gagné un prix Nobel pour leur découverte. Montagnier a reçu un Nobel également pour avoir découvert le virus responsable du SIDA, seulement deux ans après les premiers compte-rendus d’un « syndrome de déficience immunitaire lié à l’homosexualité ». Les maladies réelles et les nouveaux traitements sont rapidement reconnus par la communauté médicale.

29. Vous ne pouvez prétendre savoir si vous n’en avez pas fait l’expérience.

Il n’y a pas besoin d’être mordu par un serpent pour savoir comment soigner une morsure de serpent. Les obstétriciens hommes sont la preuve que vous pouvez accoucher des bébés sans avoir connu soi-même la grossesse. Nous pouvons savoir que les antibiotiques sont efficaces contre la pneumonie sans attraper nous-mêmes la pneumonie. Vous ne devez pas avoir utilisé les attracteurs de Perkins10 pour savoir qu’ils ne fonctionnent pas. En réalité, l’expérience personnelle est un handicap: elle tend à interférer avec la capacité d’évaluer objectivement les données.

Et finalement:

30. Si les gens se sentent mieux avec les CAM, pourquoi le leur retirer? Même si ce n’est qu’un placebo, n’est-ce pas une bonne chose?

C’est un point qui mérite son propre article, lequel sera publié comme deuxième partie la semaine prochaine11.

Note: Si les lecteurs pensent à d’autres arguments récurrents que j’aurais oubliés, je les ajouterai à la seconde partie si vous me les communiquez à temps.

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1 L’anglais « Complementary and Alternative Medicine » a comme acronyme CAM; il s’agit d’une expression quasi consacrée en anglais, pour laquelle je n’ai pas trouvée d’équivalent français aussi systématique. Pour cette raison, j’ai gardé l’acronyme CAM plutôt que décidé de former l’acronyme MAC (Médecines Alternatives et Complémentaires) qui aurait pu prêter à confusion. Dans certains cas, en fonction de la forme du texte, j’utiliserai plutôt « médecines alternatives ».

2 L’expression « Big Pharma » est également souvent utilisée pour désigner les grosses et vilaines compagnies pharmaceutiques. Je garde l’expression « Big Pharma » qui me semble suffisamment parlante telle quelle, surtout pour son côté personnifiant.

3 La traduction correcte aurait dû être « contraire à l’éthique ». Le mot anglais « unethical » revient très souvent dans ce genre d’articles, afin d’éviter des lourdeurs je me permets l’emploi d’un néologisme.

4 En anglais: « Stoned thinking » à la Andrew Weil. Fait référence à un livre de Weil, « The Natural Mind », dans lequel il décrit une façon de penser qui se base sur l’intuition et qu’il nomme « Stoned thinking » (par opposition à « Straight thinking »). Difficile à traduire littéralement.

5 Souligné par l’auteur, qui va jusqu’à utiliser le terme « belief », plus habituellement traduit par « croyance ».

6 Traduction personnelle de la locution Tooth Fairy Science, littéralement « Science de la petite souris » (encore plus littéralement « Science de la fée des dents »), récupérée par Harriet Hall, l’auteur de l’article original, pour parler de la science de quelque chose qui n’existe pas (ou dont on n’a pas pris la peine de prouver l’existence au préalable). Pour mieux l’expliquer, une traduction, toujours personnelle, de sa propre description de la « Science de la petite souris »: « Vous pouvez compter la quantité d’argent que laisse la petite souris sous l’oreiller, si elle laisse plus d’argent pour la première ou la dernière dent, s’il y a plus quand vous emballez la dent dans un sac en plastique ou du Kleenex. Vous pouvez collecter des tas de données qui sont reproductibles et statistiquement significatives. Vous avez certes appris quelque chose. Mais vous n’avez pas appris ce que vous croyez avoir appris, parce que vous n’avez pas pris la peine de vérifier avant toute chose si la petite souris existe vraiment. »
Le terme féeologie m’a paru approprié à cette description.

7Heureusement, l’acronyme VINDICATE est également valable en français: Vasculaire, Inflammatoire, Néoplasique, Déficience, Intoxication, Congénital, Auto-immun, Traumatique, Endocrine

8Le US Preventive Services Task Force est un panel indépendant d’experts de la santé qui revoit la littérature scientifique sur les mesures de prévention et fournit des recommandations en accord avec les données scientifiques les plus récentes.

9Le terme « peer review » est suffisamment couramment utilisé tel quel en français; je le conserve donc au lieu de traduire par « revue par les pairs » (un peu trop lourd).

10En anglais « Perkins tractors ». Le lien mène vers une page Wikipédia dont il n’existe pas d’équivalent en français. Il s’agit d’un ustensile inventé par Elisha Perkins au 18e siècle, et qui consiste en petites tiges métalliques pointues que Perkins appliquait sur des points douloureux ou infectieux afin de « retirer le fluide électrique responsable du mal ».

11Il est fort probable que je traduise également la seconde partie, mais il est encore plus probable que si je le fais, ce sera dans plus longtemps qu’une semaine.