Mini-cours d’esprit critique 2 – Le concept de validité (Robert Carroll)

Mon dernier post était une traduction de Skepdic, le site web de Robert Carroll et dont le dictionnaire sceptique a été traduit par les Sceptiques du Québec, il est toujours bon de le rappeler. Voici la suite de ces mini-cours d’esprit critique avec une suite logique au sujet précédent, le concept de la validité (d’un argument).

L’article original est « Critical Thinking mini-lesson 2« .

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Le concept de validité

Les arguments déductifs sont ceux dont les prémisses sont censées entraîner des conséquences nécessaires (voir le premier cours). Si les prémisses d’un argument déductif entraînent effectivement des conséquences nécessaires, l’argument est valide. (Le terme valide n’est en général pas utilisé par les logiciens lorsqu’ils parlent d’arguments inductifs, mais c’est le sujet d’un autre mini-cours.) Si ce n’est pas le cas, l’argument est invalide.

Voici un exemple d’un argument valide:

Shermer et Randi sont des sceptiques.
Shermer et Randi sont des écrivains.
Donc, quelques sceptiques sont des écrivains.

Dire d’un argument qu’il est valide revient à dire qu’il est logiquement impossible qu’il ait des prémisses vraies et une conclusion fausse. Donc, si les prémisses de mon exemple sont vraies, alors la conclusion doit l’être également. Les prémisses de cet argument se trouvent être vraies, donc cet argument n’est pas seulement valide, il est également pertinent. Un argument déductif pertinent est défini comme valide et ayant des prémisses vraies.

Un argument valide pourrait tout aussi bien avoir des prémisses fausses. Par exemple,

Tous les protestants sont des bigots.
Tous les bigots sont italiens.
Donc tous les protestants sont italiens.

La validité n’est pas la même chose que la pertinence. La validité est déterminée par la relation entre les prémisses et la conclusion dans un argument déductif. Cette relation, dans un argument valide, s’appelle autrement implication ou inférence. On dit des prémisses d’un argument valide qu’elles impliquent une conclusion. La conclusion d’un argument valide peut être inférée de ses prémisses.

Bien que de nombreuses erreurs de déduction sont dues à des inférences non justifiées, la grande majorité des arguments déductifs non pertinents sont sans doute dus à des prémisses discutables voire fausses. Par exemple, de nombreux chercheurs en psi1 ont trouvé des anomalies statistiques et ont inféré de ces données qu’ils avaient trouvé des preuves de pouvoirs psi. L’erreur est plutôt une erreur de supposition que d’inférence. Les chercheurs supposent que le psi est la meilleure explication de l’anomalie statistique. Si on fait cette supposition, alors l’inférence à partir des données est justifiée. Néanmoins, l’hypothèse de départ est discutable et les arguments pour la défendre sont peu pertinents. On retrouve de tels raisonnements similairement non pertinents dans l’idée que les prières d’intercession soignent ou que les médiums peuvent communiquer avec les morts. Les chercheurs supposent qu’une corrélation statistiquement significative entre le fait de prier et le fait de guérir s’explique mieux par l’hypothèse que la prière est un agent causal, ce qui est contestable. Les chercheurs supposent également que des résultats statistiquement improbables, qu’on peut expliquer par le hasard, la chance, ou la lecture à froid, sont mieux expliqués par un pouvoir de communication avec les morts, ce qui est tout aussi contestable. Ces chercheurs ne malmènent pas la raison. Dans le sens où les inférences qu’ils tirent de leurs données sont correctes. Mais les raisons sur lesquelles ils se basent pour raisonner sont fautives car contestables.

Je ne voudrais pas suggérer par les commentaires précédents que les données et les méthodes qu’utilisent ces chercheurs ne sont pas critiquables. Je trouve en fait intéressant que les sceptiques semblent se diviser en deux camps lorsqu’il s’agit de critiquer certaines choses comme les expériences d’au-delà de Gary Schwartz, tel qu’il les appelle. Un camp s’attaque aux hypothèses de base. L’autre s’attaque aux données ou aux méthodes utilisées pour collecter les données. Le premier relève des hypothèses erronées et des sophismes tels que la pétition de principe, l’argumentum ad ignorantiam, ou le faux dilemme. Le second découvre de la tricherie, de la fuite sensorielle, un mauvais usage des statistiques, des contrôles inadéquats, et autres choses du même acabit.

Enfin, certains arguments déductifs sont non pertinents parce qu’ils sont invalides, mais pas à cause de prémisses fausses ou contestables. Voici un argument déductif non pertinent dont les prémisses pourraient être vraies:

Si mon astrologue est clairvoyant, alors elle a correctement prédit mes projets de voyage.
Elle a correctement prédit mes projets de voyage.
Donc, mon astrologue est clairvoyant.

Cette conclusion ne peut découler des prémisses, donc l’argument est invalide. Il est possible que les deux prémisses soient vraies mais que la conclusion soit fausse. (Elle pourrait avoir prédit mes projets de voyage parce qu’elle a obtenu l’information de mon agent de voyage, par exemple.) On dit de cet argument qu’il commet le sophisme d’affirmation du conséquent2. Un autre exemple de ce sophisme serait:

Si Dieu a créé l’univers, nous devrions observer une conception ordonnée dans la Nature.
Nous observons une conception ordonnée dans la Nature.
Donc, Dieu a créé l’univers.

Les prémisses de cet argument pourraient être vraies, mais elles n’entraînent pas nécessairement leur conclusion. Celle-ci pourrait être fausse même si les prémisses sont vraies. (Nous devrions également observer une conception ordonnée dans la Nature si quelque chose comme la théorie de Darwin sur la sélection naturelle était vraie.)

Prochain cours: le problème de la tâche de sélection Wason

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1 Les phénomènes psi désignent les phénomènes étudiés en parapsychologie.

2 Voir ce lien Wikipédia pour mieux comprendre ce sophisme.

3 réflexions sur “Mini-cours d’esprit critique 2 – Le concept de validité (Robert Carroll)

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