Des probiotiques pour la santé mentale (Steven Novella)

Cet article sur les probiotiques et leur utilisation pour la santé mentale est une addition au précédent article sur les probiotiques déjà publié ici.

Article original: « Probiotics for mental health? », publié par Steven Novella le 26 août 2013 sur Skepticblog.


Je critique fréquemment le journalisme scientifique pour sa tendance à tomber dans l’un ou l’autre piège habituel – faux équilibre, exagération, perspective trompeuse, manquement à placer une étude dans son contexte plus large, extrapolation abusive, etc. Voici un article discutant du lien entre bactéries intestinales et santé mentale qui peut être utilisé comme exemple type de la façon de ne pas écrire un article de news scientifique.

L’article débute, comme c’est trop souvent le cas, par une anecdote émotionnelle. Les journalistes apprennent à trouver un angle humain afin d’attirer le lecteur, et je peux le comprendre. Mais ce style convient mieux aux faits divers qu’au journalisme scientifique sérieux.

Il y a de nombreux problèmes quand on applique ce style dans un domaine scientifique. Le premier, bien sûr, est que l’histoire est anecdotique. Nous ne pouvons pas connaitre les implications de cette histoire. Elle a fort probablement subi un processus de sélection – choisie parmi beaucoup d’autres possibilités pour trouver l’exemple le plus dramatique et émotionnellement frappant de ce que veut raconter le journaliste.

Dans notre cas, on nous raconte l’histoire de Mary, atteinte d’un trouble obsessionnel compulsif (TOC) sévère et persistent. Tous les crochets émotionnels sont là – ses parents sont désespérés, tous les traitements antérieurs ont échoué, et le docteur qu’ils consultent (qui est le sujet central de l’article) est leur dernier espoir.

Le médecin, James Greenblatt, est présenté comme un rebelle, un gourou, presque, et qui arrive à voir ce qu’aucun autre docteur a pu voir. Ses idées, en l’occurrence le fait que les bactéries intestinales sont un facteur déterminant de la maladie mentale qu’on peut donc traiter par des probiotiques, sont présentées comme prophétiques, avant-gardistes, et sont en train d’être validées, ce qui n’est plus à présent qu’une formalité.

Son traitement consiste en des médicaments, de la thérapie et des probiotiques, mais ce sont bien sûr les probiotiques qui reçoivent le crédit pour toute amélioration, ce que le journaliste ne manque pas de décrire comme « miraculeux », accomplissant ainsi la formule standard de l’anecdote médicale. Au cas où vous l’auriez manquée, ladite formule contient les étapes suivantes:

  • Un patient atteint d’une maladie que personne n’arrive à identifier ou traiter
  • Le désespoir des parents/famille
  • Le docteur rebelle avec des idées insolites de traitement
  • Une réponse miraculeuse au traitement
  • Rapport de données préliminaires et de recherches partialement sélectionnées pour faire passer des conclusions comme inévitables ou évidentes
  • Une touche optionnelle de scepticisme
  • Un final émotionnellement grandiose qui annule immédiatement la note sceptique.

C’est du journalisme emphatique, incorrectement appliqué à des sujets scientifiques, typiquement par des gens qui ne sont pas formés au journalisme scientifique.

Les probiotiques pour la santé mentale

Qu’en est-il du sujet concerné – est-ce que les bactéries qui colonisent notre tract gastro-intestinal ont un effet déterminant sur la fonction cérébrale, y compris la maladie mentale? À l’heure actuelle, il s’agit d’une idée intrigante, reposant sur quelques données préliminaires, mais sans plus. Il est fort peu probable que la flore intestinale ait un impact aussi dramatique que ce que suggère l’article, et il y a de nombreux autres facteurs en jeu qui ont été bien établis, comme les facteurs génétiques et environnementaux.

Les recherches citées dans l’article sont principalement des recherches sur des animaux, qui montrent essentiellement que des souris possédant une certaine flore intestinale ont des taux plus élevés d’hormones de stress. C’est un mécanisme simple et plausible – des taux plus élevés de cortisol augmentent le niveau général de stress, ce qui pourraient exacerber des troubles comme les TOC ou l’anxiété. Exacerber une condition préexistante n’est cependant pas la même chose que causer une condition. Même cet effet plutôt simple n’est pas démontré chez les humains, lesquels, faut-il le souligner, ne sont pas des souris. (Les recherches animales sont légitimes, mais il faut toujours une dose de prudence quand il s’agit d’extrapoler à l’humain, en particulier dans les études psychologiques.)

Certaines études n’utilisent pas de probiotiques mais plutôt des transplantations fécales pour reconstituer le biome intestinal des souris étudiées. Ce processus ne peut pas être extrapolé à l’utilisation des probiotiques (j’en discute plus en profondeur plus bas).

L’auteur de l’article, Carrie Arnold, n’a mentionné qu’une seule étude chez l’homme, mais le lien qu’elle donne mène vers la mauvaise étude. J’ai pu retrouver l’étude à laquelle elle se réfère – une étude sur des femmes exposées à du lait fermenté avec quatre probiotiques, du lait sans probiotiques, et aucune intervention (nombre de sujets dans chaque groupe: 12, 11, 13 respectivement). Ils ont trouvé que la réponse émotionnelle aux visages, mesurée par l’IRMf était diminuée dans le groupe probiotique.

Les mises en garde habituelles sont de rigueur – il s’agit d’une seule étude, l’échantillon était très petit, et les scans IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) sont une technologie complexe nécessitant énormément de contrôle, et qui requiert beaucoup de lissage pour faire sortir un signal du bruit surabondant. Aucune conclusion fiable ne peut être tirée d’une unique et minuscule étude par IRMf.

En résumé – l’état de la recherche est très préliminaire, consiste principalement en des études sur des animaux, la seule étude sur l’homme est petite et ne permet pas d’aboutir à des conclusions fermes, et souvent les interventions sont plus extrêmes (transplantations fécales) que la simple prise de probiotiques. Par ailleurs, les résultats sont difficiles à interpréter et il se pourrait que l’on voie simplement des effets physiologiques basiques sur le cerveau.

Par exemple, j’ai mentionné plus haut l’activité de l’hormone du stress. Les bactéries intestinales peuvent potentiellement affecter le métabolisme du glucose, ou des aspects du système endocrine comme la fonction pituitaire. Ce que ça signifie, c’est que les bactéries intestinales ont fort probablement un effet primaire sur certaines fonctions physiologiques de base, ce qui peut ensuite affecter les fonctions cérébrales en termes d’humeur, niveau d’anxiété, et autres émotions de base.

Les preuves ne vont pas dans le sens d’un effet direct des bactéries intestinales sur le câblage ou le fonctionnement du cerveau. On peut l’expliquer plus simplement par le fait que le cerveau répond à l’environnement physiologique dans le corps (rien de nouveau ou surprenant). Certains résultats pourraient être aussi simples que des animaux de mauvaise humeur lorsqu’ils ont des maux de ventre, mais je suis d’accord que ça n’explique probablement pas tout.

Même si nous acceptons l’idée que la constitution des bactéries dans notre système digestif a un effet indirect sur le  stress, l’anxiété, les émotions, il reste toujours à voir si les interventions courantes ont un effet significatif sur la flore intestinale. Sur base des preuves actuelles, la prudence est de mise. Mark Crislip a écrit une revue excellente de ce sujet sur Science-Based Medicine. En résumé, les espèces de bactéries qui ont colonisé votre tract intestinal se trouvent dans un écosystème stable. Il est très difficile d’altérer cet écosystème en ajoutant l’une ou l’autre espèce provenant de probiotiques. Les nouvelles espèces sont simplement tenues à l’écart par les espèces déjà établies, et l’équilibre existant se maintient.

Par conséquent, si nous découvrons un lien entre flore intestinale et santé mentale, nous n’avons pas à l’heure actuelle les connaissances ou la technologie pour en faire quoi que ce soit.

Tout ceci signifie que les produits et interventions existants basés sur les probiotiques sont fort peu susceptibles d’avoir un effet significatif sur le traitement de n’importe quelle maladie mentale. En tout cas, il n’existe aucune étude clinique démontrant l’efficacité des probiotiques pour les désordres mentaux. Étant donné la nature préliminaire et peu plausible des principes scientifiques de base, de telles études cliniques de qualité seraient nécessaires avant de pouvoir justifier toute affirmation de bénéfice sur la santé de la part de probiotiques spécifiques.

Au contraire, Carrie Arnold caractérise la situation avec ce paragraphe – sans doute le pire de son article:

Bien que de nombreuses questions restent ouvertes, les bénéfices de l’utilisation des probiotiques pour traiter le comportement humain sont de plus en plus évidents. Les yaourts comme Activia de Danon ont été vendus avec beaucoup de succès comme la panacée pour tous nos maux intestinaux. D’autres suppléments à base de probiotiques disent pouvoir renforcer le système immunitaire. Le potentiel des probiotiques pour traiter le comportement humain est de plus en plus clair, mais les fabricants ajouteront-ils un jour un mélange anti-anxiété dans leurs pots de probiotiques?

Elle utilise des arguments marketings pour justifier la conclusion scientifiques que les bénéfices des probiotiques sont « de plus en plus évidents ». C’est bien entendu absurde et contredit l’histoire récente. Les affirmations sur les antioxydants, par exemple, ont clairement dépassé les preuves et il semble aujourd’hui que tout le buzz des antioxydants était monté de toutes pièces. De telles affirmations marketing (en particulier dans le marché non régulé des compléments) sont prématurées, exagérées, et, à vrai dire, fausses.

Conclusion

Lorsque j’écris à propos des probiotiques, je me sens toujours obligé de noter que je n’ai rien contre le concept. Je pense d’ailleurs que nous sommes en train de découvrir que les bactéries qui sont en symbiose avec les humains ont un rôle important pour notre santé. Il s’agit donc d’un domaine de recherche potentiellement intéressant, afin d’étudier cette relation et découvrir de nouvelles façons d’améliorer notre santé par la modification des bactéries qui vivent dans et sur nos corps.

Néanmoins, comme toute nouvelle approche en matière de santé ou de nouvelle technologie, le buzz initial a tendance à dépasser largement la réalité. Ce qui n’est probablement qu’un outil de plus dans notre attirail, complexe et limité, est présenté comme la panacée. Alors que les scientifiques sont toujours penchés sur les questions, les médias sensationnalistes présentent déjà les réponses comme s’il s’agissait de connaissances scientifiques inévitables et déjà établies. L’objectif de la recherche n’est pas de démontrer que quelque chose est vrai mais de se demander si c’est vrai, et tant que la recherche n’a pas été faite, nous ne pouvons pas le savoir. De plus, la plupart des idées nouvelles ont souvent tendance à se révéler fausses, ou du moins beaucoup plus limitées que ce que l’enthousiasme de départ laissait suggérer.

C’est un schéma courant désormais. Depuis les 10 ou 20 dernières années, lorsqu’une nouvelle idée scientifique en médecine est en train d’être étudiée, et pourrait devenir ou pas un traitement efficace, le battage médiatique est exploité pour vendre de la poudre de perlimpinpin. Les cellules souches sont une idée très intéressante, mais les cliniques de cellules souches actuelles sont frauduleuses. L’utilisation d’antioxydants comme intervention était une idée intéressante, mais notre connaissance s’approfondissant, il est apparu clair qu’il s’agissait plus d’une lame à double tranchant que d’un élixir de longue vie. La thérapie génique par vecteur viral pourrait bien être dans le futur une option thérapeutique importante, mais la technologie s’est révélée être plus compliquée que prévu, au point qu’il faudra sans doute plusieurs décennies de recherches futures.

Les probiotiques sont dans cette phase précoce également. Selon les recherches actuellement disponibles, les traitements et produits existants sont au mieux marginalement bénéfiques dans certaines situations spécifiques, et au pire carrément inutiles. C’est un domaine de recherche utile, mais il reste à voir quel sera le potentiel ultime des thérapies par probiotiques, quel niveau d’intervention sera nécessaire et combien de temps tout cela prendra.


4 réflexions sur “Des probiotiques pour la santé mentale (Steven Novella)

  1. J’apprécie la rigueur et le style fluide de votre blog ; un petit accroc cependant à la rigueur me gêne, en termes de langue ; j’ai lu avec intérêt la légitimation de l’emploi de « pattern » : m’autoriserez-vous une taquinerie, en bonne intelligence, de vous demander si « news scientifiques  » ne recouvre pas suffisamment de son champ sémantiques dans « actu scientifique », « journalisme scientifique », infos scientifiques, veille scientifique…
    J’espère que vous accepterez la boutade, boutade au sens littéral aussi, de petite poussée, bourrade amicale, qui se veut le prologue au questionnement du choix de « pattern ». Il est certes plus facile de laisser couler, mais j’ai aimé la subtile gêne que vous laissez transparaître. Schéma (mieux que patron qui serait encore un anglicisme) convient à cette place, et si l’on n’entre pas le mot dans l’usage d’un nouveau concept, réciproquement, le concept ne risque pas d’y entrer un jour. Peut-être se défier de ces facilités qui font couler la langue française comme outil de pensée autant que comme outil heuristique : en la donnant pour dépassée, on crée ce dépassement… Outre le fait que les locuteurs natifs gagnent un avantage compétitif redoutable à ce jeu, on voit le français se trouer de mots anglais à vitesse croissante. Je cherchais à l’instant la traduction de convivialité sur reverso : j’ai trouvé avec consternation des synonymes de « facilité d’emploi », « ergonomie »… voilà que convivialité sert à dire ‘conviviality’ ! On est loin de chaleureuses tablées avec de tels faux-amis.

    Ainsi le Québécois après de hautes luttes, par un sursaut au bord du gouffre, porte malgré la bravoure, les stigmates d’un semblable abandon, dans un Français canada-dry – les mots sont français, les structures et les connotations, anglophones : tomber en amour, température pièce, j’assume que (je présume que)… Y compris chez des universitaires.
    Schéma ira très bien, c’est comme une chaussure neuve, elle se fait à l’usage. Et l’usage devrait être gardé …Français-compatible…hem.
    Ne récusons pas nous-mêmes par des choix faussement légers, notre propre langue comme outil de pensée. Ou bien nous devrons bientôt nous passer non seulement de disposer de notre propre pétrole, mais il sera plus difficile d’avoir nos propres idées. La « bio-diversité » des idées est garantie par la différence des outils de pensée, et cet appel vaut d’ailleurs tout autant pour l’allemand ou le russe par exemple.

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    • Je suis du genre plutôt intransigeant envers moi-même lorsqu’il s’agit d’orthographe, de grammaire, de ponctuation… bref tout ce qui fait la forme de la langue. Je suis par contre beaucoup plus flexible sur la question du sens et je suis peu emporté par les arguments poétiques de sauvegarde de la langue. Je considère que la langue est vivante, en perpétuelle évolution, qu’elle l’a toujours été, et qu’on a sans doute trouvé à chaque siècle des nostalgiques de la splendeur perdue de leur belle langue.
      La langue anglaise est une merveilleuse langue également, pleine de richesse, de subtilité et, très important ici, de flexibilité. Je me rends compte, en traduisant les articles, à quel point le français parait lourd à côté du style fluide de l’anglais. Mes traductions comportent d’ailleurs systématiquement plus de mots que l’anglais pour rendre un sens identique. Et il existe des termes en anglais qui sont tellement plus appropriés que j’y recourrais beaucoup plus volontiers si je n’avais pas moi-même une toute petite voix de nostalgique également. Mais attention, ce n’est valable que si le français ne possède pas de mot ou d’expression qui soit aussi efficace. Entre efficacité et style, si je dois sacrifier l’un au profit de l’autre, ce sera le style.
      Pour moi, « pattern » fait partie de ces exemples. Mais si je me laissais aller, je dirais de même de « relevant » (ou, mieux, « irrelevant »), « self-righteousness », « pointless », et des tas d’autres que je ne citerai pas ici, car je devine votre effroi🙂

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  2. horreur…quelle ironie, le commentaire est parti avant les corrections … passez outre les coquilles je vous prie, de la chair est cachée dedans.

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  3. j’apprécie la riguer et le style fluide de votre blog ; un peut t accroc cependant à la rigueur me gêne, en termes de langue ; j’ai lu avec intérêt la légitimation de l’emploi de « pattern » : m’autoriserez vous une taquinerie, en bonne intelligence, de vous demander si « news scientifiques  » ne recouvre pas suffisamment de son champ sémantiques dans « actu scientifique », « journalisme scientifique », infos scientifiques, veille scientifique…
    J’espère que vous accepterez la boutade, boutade au sens littérale aussi, de petite poussée, bourrade amicale, qui se veut le prologue au questionnement du choix de « pattern ». il est certes plus facile de laisser couler, mais j’ai aimé la subtile gêne que vous laissez transparaître. Schéma (mieux que patron qui serait encore un anglicisme) convient à cette place, et si l’on n’entre pas le mot dans l’usage d’un nouveau concept, réciproquement, le concept ne risqeu pas d’y entrer un jour. Peut-être se défier de ces facilités qui font couler la langue française comme outil de pensée autant que comme outil heuristique : en la donnant pour dépassée on crée ce dépassement… outre le fait que les locuteurs natifs gagnent un avantage compétitif redoutable à ce jeu, on voit le français se trouer de mots anglais à vitesse croissante. Je cherchais à l’instant la traduction de convivialité : j’ai trouvé avec consternation des synonymes de facilité demploi, ergonomie…voilà que convivialité sert à dire conviviality ! on est loin de chaleureuses tablées avec de tels faux-amis.

    Ainsi le québécois après de hautes luttes par un sursaut au bord du goufre, porte malgré la bravoure, les stigmates d’un semblable abandon, dans un français canada-dry – les mots sont français, les structures et les connotations, anglophones : tomber en amour, Température pièce, J’assume que (je présume que). Y compris chez des universitaires.
    Schéma ira très bien, c’est comme une chaussure neuve, elle se fait à l’usage.
    Ne récusons pas nous mêmes par des choix faussement légers, notre propre langue comme ouitl de pensée. Ou bien nous devrons bientôt nous passer non seulement de disposer de notre propre pétrole, mais il sera plus difficile d’avoir nos propres idées.

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