Pas d’effets secondaires est un effet important (Mark Crislip)

Dans l’article ci-dessous, Mark Crislip discute d’un article scientifique publié dans PLOS ONE où les auteurs suggèrent que l’absence d’effet secondaire est un des facteurs pouvant expliquer la ténacité des médecines alternatives (entendez « les médecines qui ne fonctionnent pas »).

Article original: « No Side Effects is an Important Effect », posté par Mark Crislip le 18 juillet 2014 sur le site web de la SfSBM (Society for Science-Based Medicine).


Je reste inlassablement curieux des raisons pour lesquelles les gens utilisent, et continuent d’utiliser les pseudo-médecines. J’ai lu la littérature mais je trouve les articles peu satisfaisants. Ils me semblent incomplets et je soupçonne qu’il y a en fait autant de raisons pour les utiliser que de gens qui y ont recours.

Ceci dit, cela n’empêche pas de faire des généralisations.

Ces pseudo-médecines ne font rien, donc pourquoi les gens continuent-ils à y souscrire? Certaines recourent aux manipulations, au touché, ce qui est important pour apaiser les gens. J’ai l’intuition qu’une grande partie de l’effet des pseudo-médecines tactiles peut être attribuée au contact social, l’équivalent médical moderne du nettoyage des puces. Les singes se sentent mieux après, et nous sommes des singes.

J’attends des thérapies qu’elles aient un effet, non seulement l’effet primaire mais également les effets secondaires.

Il se trouve que n’avoir aucun effet, et surtout aucun effet secondaire, peut être une facteur important dans l’attribution d’une efficacité à une thérapie inutile.

PLOS One a publié un article récent: The Lack of Side Effects of an Ineffective Treatment Facilitates the Development of a Belief in Its Effectiveness. [L’absence d’effets secondaires dans un traitement inefficace favorise le développement d’une croyance en son efficacité]

Les auteurs suggèrent ceci:

Alors que nombreux sont d’avis que les gens ont plus fréquemment recours aux traitements qu’ils croient efficaces, nous proposons que l’inverse est également valable: le recours fréquent à un traitement, en raison de l’absence d’effets secondaires ou autres, nourrit la croyance que ledit traitement est efficace, même lorsqu’il ne l’est pas.

Ils utilisent l’exemple ultime du néant, l’homéopathie, pour mettre en avant le fait qu’utiliser des potions magiques peut créer une illusion de causalité, en particulier lorsque la condition à traiter a une forte tendance à se résoudre d’elle-même. Les gens prennent de l’homéopathie et vont mieux, mais ils pensent à tort qu’ils vont mieux grâce à l’homéopathie. Le bon vieux sophisme post hoc.

Ils disent:

Les recherches de base suggèrent que plus souvent un patient prend des médicaments complètement inefficaces, plus il aura tendance à développer une croyance en son efficacité. C’est particulièrement vrai lorsque le résultat désiré (la guérison) a fréquemment lieu.

Les interventions pseudo-médicales sont utilisées principalement pour des conditions qui vont se résoudre peu importe ce que vous faites, ce qui offre de grandes opportunités de mettre l’amélioration au crédit de la pseudo-médecine.

Personne n’avait évalué l’effet que les effets secondaires d’un médicament peuvent avoir dans la construction d’une croyance en l’efficacité d’une thérapie inutile. Leur

prédiction est que, puisque l’absence d’effets secondaires encourage fortement l’utilisation d’un traitement, cela facilite la croyance erronée que le traitement fonctionne.

Les auteurs ont utilisé un modèle informatique. Des étudiants ont reçu comme instruction de soigner une maladie dangereuse appelée « syndrome de Lindsay » avec un médicament appelé Batatrim. Ils étaient divisés en deux groupes.

Le groupe « haut risque » avait été informé que le Batatrim avait pour effet secondaire de produire des éruptions cutanées sévères et permanentes chez tous les patients qui en prenaient. Le groupe « pas de risque » n’a reçu aucune information à propos d’effets secondaires.

On leur montrait ensuite les dossiers de 50 patients atteints de cette maladie et on leur demandait s’ils traiteraient avec Batatrim. Le nom ressemble à Bactrim, un antibiotique, donc personnellement je m’attendrais à ce qu’il cause des effets secondaires. Mais c’est sans doute l’infectiologue en moi qui parle.

Le fait que l’état du patient s’améliore ou pas était déterminé de façon aléatoire, mais dans 70% des cas, le patient fictif allait mieux.

Après que le traitement fut décidé et que l’ordinateur eut assigné les résultats, les sujets recevaient un feedback:

Dans le groupe « pas de risque », l’amélioration était signalée par une image d’un visage sain et le message « le patient est guéri », tandis que l’absence d’amélioration était signalée par une image de visage malade (teint verdâtre, couvert de sueur) identique au visage montré pré-traitement, et la phrase « le patient n’est pas guéri ». Par contre, le groupe « haut risque » voyait des images et des messages montrant non seulement le résultat d’amélioration, mais aussi les effets secondaires du Batatrim lorsqu’il avait été utilisé. Donc, si le médicament avait été utilisé, l’image du patient montrait une éruption cutanée, et le message incluait aussi les mots « … et garde de graves séquelles. » Et similairement, lorsque le médicament n’avait pas été donné, les mots « … et n’a pas eu d’effets secondaires » étaient ajoutés au message.

À la fin, les sujets devaient noter leur perception de l’efficacité du Batatrim. Lorsque les effets secondaires n’étaient pas reportés, les sujets étaient plus enclins à donner le médicament ET avaient une bien plus grande propension à le considérer efficace.

Dans cette étude, nous avons montré que la connaissance des effets secondaires d’un médicament évitait une surestimation de son efficacité, que l’on observe typiquement lors que le taux de rémission spontané est élevé [7], [10]. Nous avons démontré que le mécanisme derrière cet effet repose sur une plus faible utilisation par les participants qui sont conscients de ces effets secondaires.

Dans mon esprit, ne pas avoir d’effets secondaires revient à dire que le médicament n’a pas d’effet tout court. Les deux vont de pair. Faire la promotion d’un traitement sur base de l’absence d’effets secondaires est faire l’aveu de son inutilité.

Mais dans le monde des pseudo-médecines, l’absence d’effet primaire et secondaire trompe efficacement le patient, en créant une illusion de causalité, de sorte qu’il croit que le médicament est efficace.

L’absence d’effets secondaires accroît l’utilisation du médicament, et pour une condition qui présente un taux élevé de rémission spontanée, accroît également l’illusion de causalité. Puisque c’est inoffensif, vous l’utilisez plus souvent et voyez plus souvent qu’il « fonctionne ».

Fascinant. Et cela aide à expliquer pourquoi les gens continuent à utiliser des produits comme l’homéopathie.


Une réflexion sur “Pas d’effets secondaires est un effet important (Mark Crislip)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s