Tout le monde se trompe sur les parents anti-vaccins (Amy Tuteur)

Dans la foulée de l’article précédent, voici un article d’Amy Tutor, posté le 31 janvier 2015 sur SkepticalOB: « What everyone gets wrong about anti-vaccine parents ».


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On les avait prévenus que ça arriverait.

On leur avait dit que ce ne serait qu’une question de temps avant qu’une maladie infantile qui avait été quasiment éliminée aux USA ferait un retour triomphant s’ils ne vaccinaient pas leurs enfants. Et c’est précisément ce qui s’est passé. La rougeole a fait son retour triomphant, mais pas simplement parce qu’un enfant malade a visité Disneyland.

Il y a 20 ans de cela, si le même enfant avait visité Disneyland, la rougeole n’aurait pas été plus loin que lui ou elle. Tout le monde était protégé – non pas parce que tout le monde était vacciné – mais grâce à l’immunité de groupe. Lorsqu’une proportion suffisamment grande de la population est vaccinée, la maladie n’arrive pas à se propager parce que les chances qu’une personne non vaccinée soit en contact avec une autre sont très faibles.

Bien sûr, on leur avait dit tout ça. Patiemment, on a expliqué ce qu’était l’immunité de groupe, réfuté les affirmations d’un lien entre vaccins et autisme, démonté les accusations de « toxines » dans les vaccins, mais ils n’ont pas écouté. Pourquoi? Parce qu’on pensait que les parents anti-vaccins ne comprenaient rien à la science. C’est indubitablement vrai, mais le mouvement anti-vaccins n’a, et n’a jamais eu, rien à voir avec la science.

Le mouvement anti-vaccins n’a jamais rien eu à avoir avec les enfants, et n’a pas vraiment eu à avoir avec les vaccins non plus. Il a à avoir avec des parents privilégiés et l’image qu’ils souhaitent avoir d’eux-mêmes.

1. Privilège

Rien n’est plus un signe de privilège que de refuser ostensiblement quelque chose que des moins privilégiés auraient voulu avoir.

Chacun des parents anti-vaccins est privilégié par l’accès facile et peu coûteux à des vaccins pouvant sauver des vies. C’est la condition sine qua non du mouvement anti-vaccins. Dans un monde où les moins privilégiés doivent parcourir des kilomètres pour atteindre la clinique la plus proche, désespérés de sauver leurs bébés d’un fléau infectieux, rien ne parle mieux de la richesse incroyable, la facilité et l’égoïsme du mode de vie américain moderne que le fait de refuser ces mêmes vaccins.

2. L’opposition systématique à l’autorité

Un grand nombre de maux de société émergent du fait que les générations précédentes ont grandi dans un esprit d’acceptation sans réserve de l’autorité. On prend peu de risques à affirmer qu’une acceptation sans réserve de l’autorité, que celle-ci soit le gouvernement ou l’industrie, est une mauvaise chose. Mais cela ne veut pas dire que l’inverse est vrai. Une opposition systématique n’est pas différent d’une acceptation systématique. Bien souvent, le gouvernement, ou l’industrie, a raison à propos de certains sujets.

Les experts dans certains domaines, par exemple les vaccins, sont réellement des experts. Ils connaissent vraiment des choses que le public profane ignore. Par ailleurs, ce n’est pas commun d’arriver à un fort consensus entre experts de divers domaines. Les experts en immunologie, pédiatrie, santé publique, et à peu près tout ce que vous voulez, sont du côté des vaccins. Les experts en immunologie, pédiatrie et santé publique vaccinent leurs propres enfants, rendant ainsi les affirmations qu’ils font partie d’une conspiration pour cacher les dangers des vaccins tout à fait ridicules.

Malheureusement, la plupart des parents anti-vaccins considèrent l’opposition à l’autorité comme une source de fierté, peu importe que cette opposition soit objectivement bénéfique ou non.

3. Le besoin de se sentir « compétent »

On touche là la pierre d’achoppement de la plupart des parents ant-vaccins: c’est une source d’amour propre. Dans leur esprit, ils se sont « éduqués » eux-mêmes. Comment savent-ils qu’ils sont « éduqués »? Parce qu’ils ont choisi de mépriser les experts (qu’ils voient comme des figures d’autorité) en faveur des charlatans, qu’ils admirent pour leur propre rejet de l’autorité. La combinaison d’auto-éducation et d’opposition à l’autorité est vue par les parents anti-vaccins comme une forme stimulante d’individualisme brut, marquant ainsi leur supériorité par rapport à ces pathétiques « moutons » qui ne s’éduquent pas et suivent l’autorité.

Où cela nous mène-t-il?

Premièrement, cela explique pourquoi les efforts fournis dans le but d’éduquer les parents anti-vaccins sur la science de l’immunologie ont été un échec cuisant. Ça n’a et n’a jamais rien eu à voir avec la science.

Ensuite, cela suggère que nous devons changer notre approche. Pour faire simple, il faut frapper là où ça fait mal: dans leur sentiment illégitime de supériorité.

Comment? En dénonçant et critiquant leurs propres motivations.

Les parents anti-vaccins veulent désespérément être vus sous un jour positif. Ils seraient fort certainement horrifiés à l’idée que les autres les considèrent tellement privilégiés qu’ils n’arrivent plus à prendre conscience de leur privilège.

Nous devons insister sur le fait que l’opposition systématique à l’autorité n’est que le pendant exact de l’acceptation systématique. Il n’y a pas de quoi être fier. Seuls les adolescents s’imaginent que refuser de suivre ce que les figures d’autorité recommandent est une preuve de leur indépendance. Les adultes savent habituellement que faire exactement l’inverse de ce qui est recommandé par ces figures d’autorité est un signe d’immaturité, non d’indépendance, et certainement pas d’éducation.

Enfin, nous devons insister auprès des parents sur le fait qu’être parent, ce n’est pas être tourné vers soi et ses sentiments. C’est être tourné vers ses enfants et leur santé et bien-être. C’est une chose de refuser de suivre une recommandation médicale. C’est même assez courant pour la plupart des parents. Mais c’est une toute autre chose de rejoindre certains groupes qui se définissent par l’opposition, d’acheter leurs produits, et d’aller prêcher aux autres votre supposée supériorité dans le rejet systématique des recommandations médicales. Cela en dit bien plus sur le besoin de renforcer leur amour-propre que sur leur « éducation ».

Nous devons confronter les parents anti-vaccins là où ils se sentent trop confortables – dans leur ego. Lorsque refuser de vacciner ses enfants sera vu comme égoïste, irresponsable, et la marque caractéristique du manque d’éducation, la propagande anti-vaccin perdra de son poids.


7 réflexions sur “Tout le monde se trompe sur les parents anti-vaccins (Amy Tuteur)

  1. L’article est bien formulé, c’est un plaisir de vous lire Sceptom. Ceci dit êtes vous sûr que les pédiatres, experts en immunologie etc. vaccinent leurs propres enfants ? Pour reprendre l’argument de PPT, il est vrai que les motivations des anti-vaccins sont hétérogènes, par exemple beaucoup de parents en France accepteraient le DTP mais refusent le vaccin hexavalent, qui coûte 7 fois plus cher, contient 3 valences non-obligatoires + le vaccin contre l’hépatite B, dont l’utilité pour un bébé est discutable. Ces parents ne demandent donc pas un « moins », mais un « mieux » de vaccins.
    Je pense que le problème vient du fait que les laboratoires pharmaceutiques sont des sociétés privées, et que leur but par essence est le profit et non la philanthropie. Pour rétablir la confiance dans les vaccins je trouverais plus efficace une nationalisation de l’industrie vaccinale. Qu’en pensez vous ?

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    • Merci pour le compliment. Notez cependant que je ne peux mettre en avant que mes qualités de traducteur. Ce ne sont en effet pas des articles originaux mais des traductions.

      Je me rappelle avoir lu une étude sur le taux de vaccination des enfants chez les parents médecins versus parents non-médecins, où les taux étaient plus élevés chez les parents médecins. Malheureusement, je n’ai pas l’étude sous la main et je vous livre ça de ma mémoire pas forcément fiable, donc je vous encourage à trouver l’info, ça ne doit pas être trop trop compliqué (j’ai la flemme de le faire, mais si vous insistez je trouverai).

      Par ailleurs, vous avez raison de ne pas mélanger tous les vaccins. Je pense que les recommandations se font au cas par cas.

      Certes, le but premier des labos pharma est la rentabilité, mais les vaccins sont rentables parce qu’ils marchent et que les gouvernements acceptent de les rembourser massivement car ils font des économies grâce à la prévention. Les médicaments qui ont obtenu leur AMM après le parcours du combattant qu’est la recherche clinique ne sont rentables que si l’Etat accepte de les rembourser. Les gouvernements ont déjà un pouvoir décisionnel très fort sur la façon dont les médicaments atteignent le public. Je ne suis pas sûr que nationaliser l’industrie vaccinale ait une réelle plus-value. Elle ajouterait surtout des inconvénients terribles: assurer la production, la distribution, les ressources pour faire la recherche et développement.
      Et je ne crois pas que ça changerait quoi que ce soit chez ceux qui sont déjà convaincus que l’industrie nous trompe et nous ment en permanence pour faire de l’argent. Ils changeraient simplement de cible et pointeraient le gouvernement du doigt.

      C’est un sujet ultra complexe ceci dit, je ne peux pas prétendre que mes quelques commentaires superficiels soient forcément intelligents ou pertinents…

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  2. Je me pose certaines questions, et émets quelques nuances qui pourront (avec plaisir) être critiquées:

    Nuance 1: il me semble que certains parents anti-vaccin(s) le sont devenus suite à un événement traumatique, comme la perte/le handicap d’un enfant, qu’ils assignent (à tort ou à raison, concomitance vs. causalité, etc.) à une vaccination. Dans ce contexte, je pense que l’on peut aisément comprendre la recherche active -et fortement teintée d’émotion à cause de la détresse, donc potentiellement irrationnelle- d’informations, et d’une position à l’égard de ce qu’il pense avoir été la cause du trouble. Cela ne permettant pas d’atténuer l’importance du manque de sérieux scientifique dans l’argumentation de ces personnes, il me semble quand même important de distinguer plusieurs catégories -disons-, ou profils, de personnes anti-vaccin(s). Pour paraphraser sour forme de question, n’est-il pas abusif de confondre toutes les personnes opposées -de très opposées, à peu, en passant par nuancées- au(x) vaccin(s) en un seul groupe homogène?

    Nuance 2: elle découle de nuances apportées plus haut, à savoir les «(s)». N’est-il pas abusif, encore une fois, de confondre les opposants à la vaccination en un groupe homogène de personnes préconisant le recours à aucun vaccin? N’existe-t-il pas des nuances également au sein de ce(s) groupe(s) de personnes, telles que certains seraient opposés à (i) un vaccin en particulier, (ii) une formule particulière, (iii) quelques uns, voire effectivement (iv) tous les vaccins?

    Nuance 3: n’est-il pas envisageable que le groupe particulier de personnes formé par les parents cités plus haut soit effectivement «victime» de l’exception? La tournure n’est pas très claire et donne, en version améliorée: la dose fait le poison, et se pourrait-il que chez certains enfants -extrêmement peu- plusieurs conditions particulières dont la concomitance serait rare soient effectivement réunies, aboutissant à un effet toxique de la dose normalement inoffensive de certaines substances/cocktails de substances contenus dans un vaccin donné?

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      • Et je voulais ajouter (j’ai oublié) une Nuance 4:

        On peut être tenté de penser que les anti-vaccin(s), groupe homogène ou non, sont exclusivement contre la vaccination, alors qu’il me semble que certains d’entre eux (par exemple certains parents mentionnés plus haut) combattent plutôt sur un plan légal en refusant l’obligation vaccinale imposée par la loi. Le débat de fond sur l’innocuité des vaccins reste le même, mais discuter de l’obligation me semble être un sujet légèrement différent. Qu’en pensez-vous?

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    • Merci pour ces commentaires… nuancés🙂

      Les nuances 1, 2 et 4 sont des variations autour du thème « les anti-vaccins ne sont pas un groupe homogène », que ce soit par rapport aux raisons de leur position ou de l’objet spécifique de leur rejet. Ce à quoi je réponds: c’est tout à fait juste. Mais malgré la diversité qu’il peut exister dans ce groupe, je pense que l’article parle surtout de ceux qui sont particulièrement vocaux, ceux qui défendent ouvertement leur position, qui écrivent des billets de blog, militent sur les réseaux sociaux, etc. Et chez ceux-là, les points soulevés par l’article me semblent personnellement assez pertinents. Mais effectivement, le groupe n’est pas homogène, et si cela ne change rien quant à l’argumentation, autrement dit le fond, je pense que cela pose question sur la manière ou la forme.

      Sur la nuance 3: je ne suis pas immunologue, donc je ne pourrais être assertif. Je ne pense pas toutefois qu’il existe quoi que ce soit qui permette d’affirmer ce que vous suggérez.

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  3. Frapper quelqu’un dans son ego ne fonctionne jamais, nulle part, sur aucun sujet. Parce que toute croyance, tout discours, toute tentative de convaincre autrui sans chercher à réellement le comprendre vient de l’ego. Et si vous cherchez à frapper l’ego d’autrui, il vous répondra que c’est votre ego blessé qui parle. Et vous aurez tous les deux raison.
    Ca ne fonctionne pas.

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