L’homéopathie: fonctionne-t-elle chez les animaux? (Edzard Ernst)

Voici un article tiré du blog d’Edzard Ernst. Le blog d’Ernst fait partie des musts à suivre quand on s’intéresse aux médecines alternatives. Il poste très régulièrement, le plus souvent pour faire une critique, courte et incisive, de nouvelles études qui démontreraient soi-disant l’efficacité de pratiques controversées de médecines alternatives.

Dans l’article ci-dessous, Ernst s’intéresse à une étude testant l’homéopathie chez les animaux: « HOMEOPATHY, does it really work in animals?« , posté le 22 janvier 2014.


Il n’existe pas une seule discussion sur l’homéopathie où un apologiste ne finit pas par dire: « L’homéopathie ne peut pas être un placebo, parce que ça fonctionne chez les animaux!!! » Ceux qui ne connaissent pas bien le sujet peuvent être impressionnés, et cet argument a fait tomber de nombreux consommateurs du côté obscur, j’en suis sûr. Mais est-ce vraiment vrai?

La réponse courte à cette question est: NON.

Pavlov a découvert le phénomène du conditionnement chez les animaux, et le conditionnement est considéré comme une partie importante de la réponse placebo. Donc, selon les circonstances, les animaux peuvent répondre au placebo (mon chien, par exemple, devient clairement dépressif chaque fois qu’il me voit préparer des valises).

Ensuite, il y a le fait que la réponse de l’animal peut être moins important que la réaction du propriétaire au traitement homéopathique. C’est particulièrement important avec les animaux de compagnie, bien sûr. Les maîtres qui croient en l’homéopathie peuvent interpréter trop positivement la réponse de leur animal et penser que le remède homéopathique a fait des merveilles, alors qu’en fait il n’y a eu aucune différence.

Enfin, il peut y avoir des situations où aucun des deux phénomènes ci-dessus n’a un rôle décisif. Les homéopathes aimer citer les études où des troupeaux entiers de vaches ont été traités homéopathiquement pour prévenir la mammite, un problème courant chez les vaches laitières. Il paraît peu probable que le conditionnement ou les vœux pieux du propriétaire soient décisifs dans une telle étude. Voyons voir si les promoteurs de l’homéopathie seront aussi élogieux de cette nouvelle étude sur ce sujet précisément.

Des vétérinaires de Nouvelle-Zélande ont comparé les taux de guérison clinique et bactériologique de mammite clinique après un traitement par antibiotiques ou préparations homéopathiques. Ils ont utilisé 7 troupeaux avec mise-bas de printemps de la région de Waikato en Nouvelle-Zélande pour suivre des cas de mammite clinique (n=263 glandes) pendant les 90 premiers jours après vêlage. Des échantillons de lait ont été récoltés pour l’analyse bactériologique provenant des glandes cliniquement infectées, au moment du diagnostic et 25 (écart-type 5.3) jours après le début du traitement. Les glandes affectées ont été traitées soit avec une formule antibiotique, soit avec un remède homéopathique. Des modèles linéaires généralisés avec distribution binomiale de l’erreur et des modèles logit ont été utilisés pour analyser la proportion de vaches présentant des guérisons cliniques et la proportion de glandes classifiées comme ayant une guérison bactériologique d’après les échantillons de lait pré- et post-traitement.

Les résultats montrent que l’incidence cumulative moyenne de mammite clinique était de 7% (range de 2-13% parmi les troupeaux) de vaches. Streptococcus uberis était le pathogène le plus couramment isolé parmi les échantillons à culture positive des glandes infectées (140/209; 67%). Le taux de guérison clinique était plus élevé chez les vaches traitées aux antibiotiques (107/113; 95%) que pour les vaches traitées avec les remèdes homéopathiques (72/114; 63%) (p<0.001) sur base des observations des signes cliniques après le premier traitement. Parmi tous les types de pathogène, le taux de guérison bactériologique au niveau de la glande était plus élevé chez les vaches traitées aux antibiotiques (75/102; 74%) que chez celles traitées avec des préparations homéopathiques (39/107); 36% (p<0.001).

Les auteurs concluent que

les remèdes homéopathiques avaient des taux de guérison clinique et bactériologique significativement plus bas par comparaison avec les antibiotiques pour traiter la mammite clinique post-vêlage où S. uberis était le pathogène le plus courant. La proportion de vaches qui avaient besoin d’un retraitement était significativement plus élevée chez les vaches traitées homéopathiquement. Combiné avec des taux de guérison bactériologique plus faibles, ceci a des conséquences sur la durée de l’infection, le nombre de cellules somatiques par vache individuelle, les coûts associés au traitement et le bien-être de l’animal.

Oui, je sais, il ne s’agit que d’une seule étude, et nous devons prendre en compte la totalité des preuves de qualité. Actuellement, il existe 203 études cliniques de traitements homéopathiques chez les animaux; ils sont en train d’être analysés (malheureusement par une équipe qui n’est pas vraiment connue pour sa position objective sur l’homéopathie). Nous devrons donc attendre. En 1999, lorsque A. Vickers a passé en revue toutes les études pré-cliniques, y compris celles avec des animaux, il conclut que

il y a trop peu de réplications indépendantes de la recherche pré-clinique sur l’homéopathie. Dans les rares cas où une équipe a entrepris de répliquer le travail d’une autre, soit les résultats étaient négatifs, soit la méthodologie était douteuse.

Tout ceci pour dire que, tant que des preuves convaincantes du contraire ne seront pas disponibles, l’argument des homéopathes que « l’homéopathie ne peut pas être un placebo parce que ça marche chez les animaux!! » est, à mon sens, aussi faible que la concentration de leurs remèdes.


2 réflexions sur “L’homéopathie: fonctionne-t-elle chez les animaux? (Edzard Ernst)

  1. Quel dommage qu’il n’y ait pas eu un groupe contrôle non traité pour déterminer si un remède homéopathique était significativement différent de rien du tout. Car tel quel, on peut objecter « peut-être que c’est un peu moins efficace que les anti-bio mais au moins l’homéo gnagnagna… »

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    • Absolument. C’était la première critique faite également sur le blog d’Ernst.
      Le schéma de l’étude dépend de ce que l’on veut tester. Ici, le schéma ne teste pas l’efficacité propre de l’homéopathie, mais teste son efficacité par rapport à un traitement standard déjà reconnu car il a déjà fait ses preuves. En fait, c’est un schéma très classique dans les études cliniques, surtout chez les humains. Dans une pathologie où il existe déjà un traitement standard, lorsqu’on veut tester une nouvelle molécule, on le fait par rapport au traitement standard et non par rapport à un placebo. Le but est non seulement de tester soit une efficacité supérieure, soit un non-infériorité mais avec moins d’effets secondaires, mais il y a aussi une question éthique: ce ne serait pas correct de ne pas donner un traitement du tout pour quelqu’un atteint d’une pathologie pour laquelle il existe pourtant un traitement reconnu efficace.
      Le groupe test existe car on teste une hypothèse de travail – la nouvelle molécule peut se montrer aussi efficace que le traitement standard – qui repose sur une certaine plausibilité a priori. Étant donné qu’on teste ici l’homéopathie, j’arguerais assez facilement que c’est en fait inéthique de la tester tout court, vu tout ce qu’on sait sur le sujet.

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