Une méta-analyse confirme que l’homéopathie ne fonctionne pas (IFLS)

Parmi les sujets les plus souvent abordés dans les milieux sceptiques, je dois dire que celui de l’homéopathie est un de mes favoris. Ça ne se voit pas tellement sur ce blog: je n’ai posté qu’un seul article sur le sujet et il n’abordait pas tellement le sujet dans le fond; et j’avais également partagé sur mon mur perso Facebook un dossier très complet qui se focalisait plus particulièrement sur le cas de l’oscillococcinum. Mais ceux qui me connaissent en personne savent en général qu’il vaut mieux éviter d’évoquer le sujet de l’homéopathie, de peur que je ne ruine l’ambiance par de trop longs monologues. Il faut reconnaître que l’homéopathie est un sujet passionnant: malgré un prétendu mécanisme d’action qui défie toute logique et toutes les connaissances bien établies en physique et chimie, malgré la pléthore d’études et de méta-analyses qui échouent à démontrer l’efficacité spécifique de l’homéopathie, malgré le fait que ces deux aspects soient de surcroît assez faciles à démontrer, l’homéopathie jouit d’un succès sans pareil parmi l’ensemble des pseudo-sciences qui forment le domaine des médecines alternatives (si c’était de la science, soit on prouverait que ça ne marche pas et on n’en parlerait plus, soit on prouverait que ça marche et ça deviendrait de la médecine tout court).

Je ne pense pas que je proposerai sur mon blog une analyse détaillée et exhaustive de l’homéopathie. D’autres l’ont fait avant moi et je n’aurais rien de plus à ajouter. Mais si vous voulez un très bon début, il n’y a qu’à consulter Wikipedia. C’est là que je m’étais renseigné la toute première fois que j’eus entendu parler de l’homéopathie; à l’époque, je ne connaissais absolument rien sur le sujet, le nom même d’homéopathie m’était à peine familier, tout au plus avais-je entendu dire que le sujet était un peu controversé. Et lorsque j’ai lu la page Wikipedia, je me suis littéralement dit: « Ce n’est pas possible, ça ne peut pas être ça. Personne n’utiliserait l’homéopathie si c’était vraiment ce que Wikipedia en disait. » Mais il se trouve, me suis-je rendu compte en poursuivant mes recherches ensuite, que Wikipedia avait raison et que, oui, l’homéopathie est une pure charlatanerie.

Étrangement, il semble qu’il existe encore des scientifiques qui souhaitent toujours étudier le sujet et qui arrivent toujours à trouver des financements. Une nouvelle méta-analyse, décrite ci-dessous par Stephen Luntz sur IFLS, conclut, ô surprise, à l’absence de preuves démontrant l’efficacité de l’homéopathie.

Je doute que cette nouvelle étude vienne ébranler les convictions des pro-homéopathie, mais on peut espérer qu’elle ouvrira les yeux de personnes plus raisonnables, et surtout des politiques qui prennent les décisions sur la santé et l’économie de la santé.

Article original: « Meta Study Confirms Homeopathy Doesn’t Work« , posté le 9 avril 2014.

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Il y a de bonnes raisons de ne pas faire confiance à ces bouteilles.

Il y a de bonnes raisons de ne pas faire confiance à ces bouteilles.

L’Australian National Health and Medical Research Council1 (NHMRC) a communiqué un article dont la conclusion dit: « il n’y a pas de preuves fiables que l’homéopathie est efficace ». L’article est toujours en cours de rédaction; si les pro-homéopathies veulent le faire modifier, ils ont jusqu’au 26 mai pour proposer quelque chose de meilleure qualité que ce qu’ils ont produit pendant ces deux derniers siècles.

Le rôle principal du NHMRC est de financer la recherche médicale, fournissant la majorité des bourses à des scientifiques australiens. Il mène parfois cependant ses propres enquêtes sur des sujets tels que l’efficacité de certains traitements ou sur les implications sanitaires de pratiques particulières. Ces enquêtes ne consistent pas en de la recherche appliquée, mais examinent et résument des études existantes avec un niveau de qualité rarement atteint ailleurs.

Le NHMRC a lancé son enquête pour répondre à la question « l’homéopathie est-elle un traitement efficace pour certains conditions, comparé à pas d’homéopathie, ou comparé à d’autres traitements? »

En réponse à l’outrage de certains homéopathes, le NHMRC a mis sur pied le Homeopathy Working Committee afin de fournir des conseils sur les meilleures méthodes pour mener l’étude. En plus de personnalités telles que le Professeur Frederick Mendelssohn, un des plus prominents neuroscientifiques australiens, le comité a inclus deux spécialistes des médecines alternatives, le Professeur Peter Brooks et le Docteur Evelin Tiralongo, dont l’expérience et l’historique réfutent clairement toute notion d’a priori en défaveur de tout ce qui sort de la médecine conventionnelle.

L’enquête a étudié 68 conditions pour lesquelles des produits homéopathiques sont mis sur le marché, allant de l’asthme au choléra, en passant par le rhume ou encore l’addiction à l’héroïne. Étrangement, elle n’incluait pas les blessures traumatiques suite à une collision avec un gros véhicule.

« Aucune étude de bonne qualité, avec une méthodologie solide et suffisamment de participants pour obtenir des résultats significatifs, n’a rapporté que l’homéopathie offrait une plus grande amélioration qu’un produit sans effet sur la condition étudiée (placebo), ou que l’homéopathie offrait une amélioration égale à celle obtenue par un autre traitement, » concluait le résumé du NHMRC.

Cependant, dans un souci de précaution scientifique, le rapport fait une distinction entre les conditions de santé pour lesquelles les recherches sont nombreuses et de haute qualité, et qui peuvent donc définitivement exclure l’efficacité de l’homéopathie, et celles où les preuves sont plus rares. Dans ce dernier cas, il conclut simplement qu’il n’y a pas de preuves que l’homéopathie fonctionne mieux que des placebos.

Le rapport a été favorablement accueilli par l’association australienne des médecins et par le groupe Friends of Science in Medicine (FSM), qui font campagne contre l’utilisation de produits non validés. Jusqu’à présent, les lobbies homéopathiques ne semblent pas avoir répondu, mais communiqueront sans doute quelque chose du même acabit que ces allégations de biais et d’intimidation qu’ils ont ressorties lorsque l’étude a été commissionnée.

Les pro-homéopathies affirment qu’ils « traitent la personne comme un tout »2. Les praticiens homéopathes ont souvent des attitudes d’écoute bien meilleures que les médecins conventionnels, mais le traitement revient in fine à utiliser des produits incroyablement dilués, dont nombreux seraient dangereux à de plus hautes concentrations, mélangés à de l’eau ou du sucre très chers.

Contrairement à l’évaluation faite en 2010 par le House of Commons Science and Technology Select Committee, le rapport du NHMRC se termine sans discuter du mode d’action prétendûment à l’oeuvre dans l’homéopathie – un mode qui entre en contradiction à la fois avec la logique et avec les théories vérifiables des comportements chimiques.

L’étude a exclu les questions à propos de la sûreté des produits homéopathiques potentiellement compromise par la présence d’impuretés, comme celles qui ont mené au retrait récent de nombreux produits Terra-Medica.

Un des domaines non étudiés était l’utilisation de l’homéopathie pour la prophylaxie, notamment les « vaccins » homéopathiques. Le Professeur John Dwyer de l’Université de New South Wales, co-fondateur du FSM, a expliqué à The Guardian que ce point était particulièrement inquiétant: « En tant qu’immunologiste, le problème le plus grave, à mon avis, est la diffusion de l’idée que les vaccinations homéopathiques sont sans danger et fonctionnent aussi bien que les vaccinations conventionnelles. Les gens qui croient à cela ne se protègent pas et ne protègent pas non plus leurs enfants. »

Bien que ce genre de rapports ne semble pas avoir beaucoup d’impact sur l’utilisation de traitements bidons, depuis le rapport du House of Commons, l’un des quatre hôpitaux homéopathiques au Royaume-Uni a fermé et les dépenses dans les produits homéopathiques sont en déclin.

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1 Conseil National Australien sur la Santé et la Recherche Médicale.

2 Que l’homéopathie s’intéresse au patient dans sa globalité (et sous-entendu « contrairement à la médecine conventionnelle) est une affirmation courante dans la mouvance pro-homéopathie. J’ai souvent lu, à ce sujet, des réponses qui s’attachaient à défendre l’idée que ce n’est là aucunement une invention des médecines alternatives, que cette notion est depuis longtemps en application dans la médecine conventionnelle, et qu’il s’agit de récupération de la part des médecines alternatives. Tout cela est vrai et il faut dénoncer le mensonge sur ce point. Mais je n’ai encore jamais lu quelqu’un qui dénoncait le premier mensonge: que l’homéopathie traite le patient dans sa globalité, ou encore que l’homéopathie traite les causes sous-jacentes et pas seulement les symptômes, ce qui est encore plus faux. C’est même tout à fait contraire à l’un des principes les plus fondamentaux de l’homéopathie. En effet, le schéma de traitement en homéopathie consiste à administrer la substance qui donne les mêmes symptômes que ceux que le patient éprouve. C’est-à-dire qu’un homéopathe, et certains pratiquent d’ailleurs ainsi, pourrait très bien, lorsqu’il reçoit un clientpatient en consultation, dresser l’inventaire de ses symptômes, consulter son glossaire de produits homéopathiques et trouver ceux qui provoquent lesdits symptômes, puis les prescrire, sous des dilutions dont le choix semble tout sauf justifié. On ne peut pas être plus éloigné de cette approche holistique dont l’homéopathie se vante pourtant.
Je veux bien concéder que certains homéopathes aient évolué dans leur pratique, mais s’ils l’ont fait, c’est en s’éloignant des principes de l’homéopathie (et, incidemment, en se rapprochant des pratiques de la médecine conventionnelle), pas en s’en approchant.
Certains diront également qu’ils font de l’individualisation, et ont donc une approche centrée sur le patient, parce qu’ils tiennent compte de tous les symptômes du patient. Je ne suis guère impressionné: ça ne change rien au fait qu’il s’agit d’une liste de symptômes et que l’option thérapeutique est uniquement décidée par les symptômes.

Une réflexion sur “Une méta-analyse confirme que l’homéopathie ne fonctionne pas (IFLS)

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