Le mouvement anti-vaccins donne une seconde vie aux maladies (USA Today)

L’article qui suit avait été partagé via ma page Facebook Sceptom. Quelqu’un qui suit ma page m’a demandé si je comptais le traduire; ce n’était pas mon intention première, parce que je favorise en principe les articles avec un contenu moins tourné vers les expériences personnelles. Mais j’ai accepté la requête, pous plusieurs raisons. D’abord, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y a des gens qui lisent mon blog. Ils sont peu nombreux – les sujets abordés ne sont généralement pas du genre à faire la une des magazines – je peux donc difficilement refuser des demandes comme celle-là. De plus, la demande émanait d’une personne qui a elle-même été victime d’une maladie évitable par la vaccination, et qui tente aujourd’hui de sensibiliser le public à cette problématique, via une page Facebook et un site web. Et puis surtout, le sujet est important. J’avais déjà écrit de précédents posts sur le sujet; c’est l’occasion de les lister ici: il y avait une histoire personnelle, une analyse des cas de maladies évités grâce aux vaccins, et puis deux très bons posts de David Gorski, l’un sur la malhonnêteté intellectuelle dans le mouvement anti-vaccins, l’autre qui réfute une série de mythes sur les vaccins.

L’article qui suit joue franchement sur la touche émotionnelle. Cela m’aurait sans doute dérangé en d’autres circonstances, mais la position qui est ici défendue repose de toute façon sur la science et les preuves. Ces derniers sont habituellement les seuls arguments qui satisfont les esprit sceptiques par nature (je parle ici du scepticisme scientifique), mais pour tous les autres, je n’ai aucun scrupule, quand c’est pour la bonne cause, à utiliser l’appel à l’émotion.

Voici donc ci-dessous, comme cinquième post sur les vaccins, un article de USA TODAY, écrit par Yamiche Alcidor le 8 avril 2014: « Anti-vaccine movement is giving diseases a 2nd life« .

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Kathryn Riffenburg a choisi un cercueil fermé pour l’enterrement de son bébé.

Elle ne voulait pas que sa famille voie les ravages que la coqueluche, la première maladie de son fils, avait fait à Brady Alcaide, son bébé de 9 semaines. La maladie, presque tombée dans l’oubli, qui a touché des milliers d’américains ces dernières années, a rendu méconnaissable le petit corps de Brady.

Sa maman l’a donc habillé avec un costume baptismal blanc et un chapeau, et l’a posé dans un petit cercueil blanc. L’enterrement de Brady se déroulait seulement quatre semaines après ses premiers rires – inspirés par sa version d’Une souris verte – et deux semaines après que sa famille eut appris qu’il était atteint d’une maladie évitable par vaccination.

« Cela semblait tout simplement impossible, » explique Riffenburg, 31 ans, de Chicopee, Mass. « On se serait cru dans Le magicien d’Oz. Nous sommes restés à l’hôpital, jour après jour, espérant qu’il irait mieux pendant presque deux semaines, puis les médecins nous ont dit qu’il avait une chance sur deux de s’en sortir. »

La mère, qui avait été vaccinée des années avant la naissance de Brady, apprit plus tard qu’elle aurait pu avoir un rappel pendant la grossesse, et aurait probablement pu sauver la vie de Brady. Riffenburg ne savait pas qu’elle pouvait recevoir le vaccin à nouveau, mais ceux qui choisissent délibérement de ne pas le recevoir du tout contribuent activement à faire réapparaître  des maladies depuis longtemps reléguées aux pages des livres d’histoires – y compris la rougeole – dans les villes du pays entier, selon le Centers for Disease Control and Prevention.

De récentes vagues de rougeole à New York, en Californie et au Texas sont des exemples de ce qui pourrait arriver à plus large échelle si les taux de vaccination chutent, dit Anne Schuchat, le directeur des immunisations et maladies respiratoires au CDC. La rougeole, dont les symptômes incluent de la fièvre et des éruptions cutanées avec démangeaisons, avait été officiellement déclarée éradiquée aux États-Unis en 2000. Pourtant, cette année, la maladie est sur le point d’infecter trois fois plus de gens qu’en 2009. C’est parce que, dans la plupart des cas, les personnes n’ayant pas été vaccinées se font infecter par ceux qui arrivent vers les États-Unis. Du coup, dit Schuchat, les personnes infectées répandent la maladie dans leur entourage.

Les 189 cas de rougeole aux USA l’année passée sont bien peu de choses comparés aux 530 000 cas que le pays connaissait en moyenne chaque année au 20e siècle. Mais la maladie – qui montrait des signes de déclin dès l’introduction du vaccin en 1967 – fait partie des plus contagieuses au monde, et pourrait rapidement passer du statut de nuisance sporadique à celui de tueur en série.

La rougeole tue environ dans un cas sur 1000. Le risque augmente donc proportionnellement avec le nombre de cas. « Nous voudrions vraiment pouvoir éviter la mort d’un seul enfant, mais c’est presque inévitable, » dit Schuchat. « Des résurgences importantes de la maladie peuvent nous prendre par surprise. »

Les taux de vaccination pour la plupart des maladies sont aux environs de 90%. Moins de 1% des américains renoncent totalement à la vaccination, dit Schuchat. Même ainsi, dans certains états, le mouvement anti-vaccins, aidé par les exemptions accordées par l’état pour des raisons religieuses ou philosophiques, est en expansion, dit Paul Offit, chef des maladies infectieuses à l’Hôpital des Enfants de Philadelphie. Il désigne notamment l’Idaho, l’Illinois, le Michigan, l’Oregon et le Vermont – où plus de 4.5% des enfants en maternelle n’ont pas été vaccinés pour des raisons non médicales – comme des exemples de possibles foyers. De tels taux de non-vaccination sont quatre fois plus élevés que la moyenne nationale et démontrent une tendance chez certains groupes.

« Les gens supposent que cela ne leur arrivera pas, jusqu’au jour où cela leur arrive, » dit Offit. « C’est une honte qu’on doive apprendre la leçon de cette manière. Il y a un prix humain pour cette leçon. »

Les plus vulnérables sont les bébés trop jeunes pour être vaccinés, les enfants ayant un système immunitaire déficient, et ceux qui ne pourraient pas être vaccinés pour des raisons médicales, disent les scientifiques.

Dans les communautés à travers le pays, des américains de tout poil prennent des décisions dangereuses de postposer ou refuser la vaccination, dit Alan Hinman, un scientifique qui fait partie du comité scientifique de Voices for Vaccines, un organisme qui soutient et préconise la vaccination au bon moment.

Le mouvement anti-vaccination s’est affirmé durant la dernière décennie, grâce au soutien de certaines célébrités comme l’actrice Jenny McCarthy, l’acteur Aidan Quinn et la star de télé-réalité Kristin Cavallari, qui, le mois dernier, disait que ne pas vacciner ses enfants était « la meilleure décision » pour eux. Nombreux sont ceux qui continuent à croire les idées, pourtant réfutées, que les vaccins causent l’autisme, tandis que d’autres ne font pas confiance au gouvernement fédéral ou aux firmes pharmaceutiques qui produisent ces vaccins.

La maladie peut frapper n’importe où

Riffenburg espère que son drame familial pourra servir d’électro-choc. À première vue, Brady semblait être affecté d’un simple rhume. Comme ses symptômes s’aggravaient, Riffenburg et son fiancé, Jonathan Alcaide, l’ont emmené à l’hôpital, où les médecins soupçonnaient la coqueluche.

Deux semaines plus tart, Brady arrêtait de respirer. Son cerveau a été privé d’oxygène pendant un petit temps, il a donc été placé aux soins intensifs, où Riffenburg voyait les horribles effets de la maladie rendre son enfant méconnaissable. Le jour suivant, elle prit la décision insupportable de couper les machines. Son enfant est mort alors qu’elle le berçait une dernière fois dans ses bras.

« J’espère que, grâce au partage de notre drame, Brady a sauvé des bébés et les a protégés, » dit Riffenburg.

Depuis lors, Riffenburg a pris des mesures pour faire les rappels de vaccins à son fiancé et ses deux filles, âgées aujourd’hui de 7 et 10 ans. Elle a également été inoculée lorsqu’elle était enceinte de son fils Jaxon, maintenant âgé d’1 ans. Et elle a insisté auprès de tout le monde – y compris les médecins, membres de la famille, et même le photographe de l’hôpital – pour qu’ils aient leur rappel avant de s’approcher de Jaxon.

On ne sait pas très bien où Brady a attrapé la coqueluche. Schuchat explique que c’est précisément pour cette raison que les communautés doivent maintenir un haut taux de vaccination. De nombreuses personnes ne sont pas au courant qu’elles pourraient être porteuses d’une maladie, être contagieuses et la répandre avant que des symptômes n’apparaissent.

« Ce ne doit pas forcément être dans un avion ou à un aéroport. Ce pourrait être au magasin, ou bien au concert auquel vous êtes allé, » dit Schuchat.

Lors d’une vague de rougeole en 2008 à San Diego, les représentants du CDC ont été choqués de trouver des écoles de district dans lesquelles un enfant sur cinq n’était pas vacciné contre la maladie, dit-elle.

L’année passée, la Californie avait le plus grand nombre d’enfants de maternelle non vaccinés à cause de leurs parents, pour des raisons philosophiques; leur nombre s’élevait à 14 921. Cette année, 49 cas de rougeole ont été rapportés en Mars. L’état de Californie en comptait alors quatre l’année passée.

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Michaela Mitchell aide son fils de 10 ans, Jeremiah, à retirer sa prothèse de bras, dans leur maison à Tulsa le 30 mars 2014. (Photo: Bryan Terry pour USA TODAY)

 ‘Nous avons pleuré longtemps’

Avec la résurgence de ces cas de maladie qui font la une, les parents dont les enfants ont souffert se mettent à réagir.

Jeremiah Mitchell, 10 ans, joue à la Xbox sans mains, écrit avec un crayon attaché à ce qu’il lui reste de bras et préfère manger de la pizza parce que c’est une des rares nourritures qu’il arrive à tenir.

Il y a quatre ans, en tentant de sauver son corps de la méningite, les médecins ont amputé ses bras, ses jambes, ainsi qu’une partie des paupières, des machoires et des oreilles. À cette époque, Jeremiah, alors âgé de 6 ans, était à la maternelle à l’école publique Oologah-Talala, en Oklahoma. Une vague de méningite à l’école avait tué deux enfants et en avait infecté cinq autres, dont Jeremiah.

Une photo de Jeremiah Mitchell avant qu’il n’attrape la méningite. (Photo: Bryan Terry pour USA TODAY)

En 12 heures, Jeremiah est passé de l’enfant qui grimpait aux arbres et roulait dans la boue avec son vélo, à un enfant dans le coma, raconte sa mère, Michaela Mitchel, 42 ans vivant à Tulsa. Il a passé 14 jours inconscient à l’hôpital, pendant que des parties de son corps s’obscurcissaient et semblaient brûlées par la maladie.

« Il est sorti du coma sans ses membres et emballé comme une momie – je me suis évanouie, » dit Mitchell. « Nous avons pleuré longtemps. »

Jeremiah n’était pas vacciné contre la méningite parce que ce n’était pas requis par son école pour les enfants de son âge, dit Mitchell. Le CDC préconise le vaccin pour tous les enfants de 11/12 ans et un rappel à 16 ans. Et bien que la famille ait suivi toutes les recommandations médicales, Jeremiah a été exposé parce que quelqu’un a amené la maladie dans la communauté.

Mitchell, qui prend maintenant soin de son fils à temps plein, et Jeremiah, qui doit encore subir d’autres chirurgies réparatrices, travaillent avec Meningitis Angels, une asbl qui soutient les familles affectées par la méningite bactérienne et qui encourage la vaccination.

D’autres organisations, telles que le National Meningitis Association, Every Child By Two, et PKIDs utilisent à la fois les expériences personnelles et les preuves scientifiques pour promouvoir la vaccination.

Du côté médical, certains médecins ont recours à leurs propres défenses afin de protéger leurs patients de ceux qui refusent de se vacciner.

Les médecins du centre pédiatrique Olde Towne à Manassas, Va., ne prennent pas de nouveaux patients si les parents ne prévoient pas de vacciner leurs enfants. Le nombre d’autres médecins qui agissent de façon similaire n’est pas certain, étant donné qu’aucune étude exhaustive de ces pratiques n’a été faite, d’après les experts.

« Nous ne voulons pas mettre nos patients en danger parce que certaines personnes ne veulent pas, pour des raisons personnelles, se faire vacciner », dit Anastasia Williams, directeur associé du centre pédiatrique, et pédiatre pendant 15 ans. « Nous faisons preuve de diligence pour protéger les enfants qui attendent dans nos salles d’attente. »

Plusieurs états ont également travaillé à rendre les exemptions plus difficiles à obtenir.

Au Colorado, où 4% des enfants en maternelle n’avaient pas eu leurs vaccins l’année passée pour des raisons non-médicales, une proposition de loi poussée par le député Dan Pabon, un Démocrate de Denver, requiérerait pour les parents d’avoir une note du docteur ou de regarder une vidéo sur les risques avant de demander l’exemption.

Les sceptiques des vaccins

De telles mesures choquent Sarah Pope, mère de trois enfants à Tampa, et Shane Ellison, père de trois enfants à Los Angeles. Ils ont tous deux choisi de ne pas vacciner leurs enfants parce qu’ils craignent les potentiels effets secondaires.

En 2006, les trois enfants de Pope – aujourd’hui âgés de 9, 11 et 15 ans – ont attrapé la coqueluche, la même maladie qui tua Brady. Sept ans plus tôt, Pope avait pris la décision de ne pas vacciner ses enfants. Après sept semaines de toux, et avec un traitement donné par un médecin holistique et des suppléments naturels, tous les trois se sont rétablis sans complications, raconte-t-elle.

« Je n’avais pas peur », explique Pope, qui, à 49 ans, gère The Healthy Home Economist, un site web sur une vie saine, et blogue sur les vaccins. « Les gens voient uniquement le négatif avec les maladies infectieuses. Mais les maladies infectieuses aident aussi nos enfants à renforcer leur corps. »

Pope et Ellison disent que c’est injuste de mettre la pression sur les parents pour qu’ils utilisent des vaccins qui ne sont pas efficaces à 100%. Néanmoins, les médecins feront observer que tous les médicaments – même l’aspirine – ont des risques, et aucun n’est efficace à 100%.

Des taux élevés de vaccination peuvent protéger également les personnes non vaccinées en diminuant le taux d’infection dans la communauté, un phénomène appelé immunité collective, explique Hinman, scientifique senior en santé publique au Task Force for Global Health. Plus il y a de gens vaccinés, moins il y aura de gens infectés dans cette communauté.

Bien que les vaccins soient considérés comme sûrs, Schuchat souligne qu’ils peuvent causer des réactions chez certains enfants, dans de rares cas graves. Mais une des craintes les plus médiatisées du mouvement anti-vaccin – qu’ils causent l’autisme – a été réfutée par des dizaines d’études qui n’ont trouvé aucun lien.

Même ainsi, les parents comme Ellison, 39 ans, n’y croient pas, et il fait remarquer qu’il aborde le sujet avec une certaine expertise: il a un master en chimie organique et a travaillé dans l’industrie pharmaceutique pour créer des médicaments. Ses enfants – de 6 mois, 8 ans et 12 ans – sont tous nés à domicile. Excepté un tour aux urgences pour une blessure au doigt, aucun d’eux n’a jamais été chez le médecin, et ils sont tous en bonne santé, dit-il, si ce n’est un occasionnel mal de gorge ou un rhume.

« Les médecins lisent tous le même script pour les vaccins », dit Ellison, qui gère The People’s Chemist, un site web sur la santé.

Il travaille à la construction et au soutien du système immunitaire naturel de ses enfants grâce à trois repas par jour, de l’exercice, et de la lumière du soleil. Il dit que si ses enfants tombent malades, il préférerait recourir aux soins d’urgence plutôt qu’aux vaccins.

« C’est bien plus rassurant de faire confiance aux médicaments d’urgence plutôt qu’aux vaccins, qui sont pour moi comme jouer à la roulette russe, » dit-il.

Pourtant, comme l’a appris Samantha Purkiss, amener des gens infectés aux urgences est simplement une autre manière de répandre la maladie.

Olivia, la fille de Purkiss âgée de 7 mois, a attrapé la rougeole lors d’un passage à un hôpital de San Diego au service des urgences. Olivia est allée aux urgences pour accompagner son père qui se faisait retirer un ongle incarné à l’orteil. Deux semaines plus tard, Olivia était de retour aux urgences avec la rougeole. Les médecins ont passé 12 heures à faire des tests et à la garder en observation. Elle s’est ensuite rétablie.

« Nous sommes bénis parce qu’elle n’a pas eu de complications, » dit Purkiss, 20 ans, enceinte de 16 semaines et s’occupant d’Olivia à temps plein. « Si la mauvaise personne est au mauvais endroit, ça peut arriver. »

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3 réflexions sur “Le mouvement anti-vaccins donne une seconde vie aux maladies (USA Today)

  1. Pingback: Sceptom a un an! | Sceptom

  2. Quelle sorte de méningite a des conséquences aussi ravageuses sur le corps ?
    J’ai fait vacciner mes enfants contre heamophilus influenza quand ils étaient petits, cette sorte de méningite avait emporté le fils d’amis de nos amis en quelques heures.

    J'aime

  3. Pingback: Vaccins et taux de mortalité infantile: une fausse relation avancée par le mouvement anti-vaccins (David Gorski) | Sceptom

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