Des visages, des visages partout (epiphenom)

Article original: « Faces, faces everywhere » posté le 6 novembre 2012 sur le blog epiphenom.

La paréidolie est un phénomène extrêmement courant. On trouve parfois en errant sur le net des collections entières d’images plus ou moins drôles qui jouent sur la paréidolie. Dans la catégorie des moins drôles, on trouve différents buzz surtout alimentés par certains croyants et autres superstitieux: le « visage de Satan » dans la fumée lors des attentats du 11 septembre, la « vierge marie » sur un toast, Jésus sur un toast (ou à des endroits moins catholiques), le visage sur Mars, divers fantômes sur des photos de mauvaise qualité… la liste est longue.

Notre cerveau peut être facilement trompé à voir des choses qui ont un sens pour lui là où il n’y en a pas nécessairement.

Une longue histoire évolutive l’a entraîné à faire un tas de raccourcis cognitifs, des résolutions heuristiques de son environnement qui permettent de le simplifier pour mieux le traiter. Et il valait probablement mieux utiliser de tels raccourcis, rapides et parfois approximatifs, quitte à se tromper, plutôt que de tenter une résolution exacte, donc longue et potentiellement dangereuse. Un de ces raccourcis cognitif, la détection d’agents doués d’une intention, est souvent expliqué par l’exemple du prédateur: vous (ou votre lointain ancêtre) êtes dehors, au calme, et percevez tout à coup un bruit dans les feuillages quelques mètres plus loin. Il vaut mieux être équipé d’un détecteur d’agent hyper sensible car vous attribuerez ce bruit à un potentiel prédateur et vous vous enfuirez. Si vous vous êtes trompés, cela vous aura coûté les quelques calories d’un sprint pour vous mettre en sécurité. Par contre, si votre détecteur d’agents est réglé au minimum, vous déciderez que, probablement, le bruit provient du vent. Si vous vous êtes trompés, et qu’il s’agit vraiment d’un prédateur, le coût sera votre vie.

Un autre des raccourcis cognitifs du cerveau est celui de la détection de visages. L’avantage évolutif d’un tel mécanisme est moins évident, à première vue, que celui de la détection d’agents, mais il ne me paraît pas déraisonnable de voir une possible relation avec le fait que l’homme est un animal social, et que la détection rapide de qui fait partie de son groupe social et qui n’en fait pas partie a pu être un atout dans la survie des groupes les plus soudés.

Dans l’article qui suit, Tomas Rees du blog epiphenom nous parle d’une étude suédoise qui s’est intéressé à la tendance de voir des visages et de comparer cette tendance chez des croyants au paranormal ou religieux par rapport aux autres.

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Reiki_2012_facesParmi les nombreux aspects irrationels du cerveau humain, un des plus amusants est ce moteur hyperactif qui nous fait voir des visages partout autour de nous. Des blogs entiers sont dédiés à ce sujet.

Comme la plupart des capacités, celle-ci varie en fonction des individus. Ce qui a poussé Tapani Reiki et ses collègues de l’Université d’Helsinki à se demander si elles étaient reliées à certaines croyances à propos du monde, en particulier les croyances religieuses et superstitieuses.

Ils ont ainsi recruté 47 personnes (40% d’étudiants) qui étaient soit de grands croyants soit de grands sceptiques à propos du paranormal (par exemple l’astrologie ou la télépathie).

Les croyants au paranormal avaient également plus souvent tendance à être religieux, bien que les deux n’étaient pas systématiquement reliés. Ils ont donc analysé les données après avoir séparé les groupes (selon la croyance au paranormal et la croyance religieuse).

Ils leur ont montré une série de photos à propos desquelles il avait été d’abord estimé qu’elles contenaient un visage (par exemple, les images de la première ligne dans l’image ci-dessus) ou pas (la ligne du bas). Ils ont tenté de rendre les images « visages » aussi ambiguës que possible – une tâche apparemment difficile. C’est révélateur de la puissance de la capacité de détection de visages chez les humains!

Les sujets devaient désigner les visages (en utilisant la souris), ou bien dire qu’il n’y avait pas de visage dans l’image. Dans une autre étude, il leur était demandé de noter sur une échelle à quel point le visage désigné dans la photo ressemblait à un visage réel.

Les auteurs ont trouvé que les croyants au paranormal (et religieux) étaient plus enclins à voir des visages (bien que la différence n’était pas énorme) et leurs notes de ressemblance étaient plus élevées.

Par ailleurs, les croyants avaient une tendance plus générale à voir des visages partout – même dans les images où des observateurs indépendants avaient conclu qu’il n’y en avait aucun!

Rieki souligne que ces résultats concordent à de précédentes recherches qui avaient montré que

…les croyants au paranormal ont plus tendance que les autres à distinguer des patterns dans des stimuli bruités ou ambigus, et que les croyances paranormales sont associées à une tendance à parvenir à des conclusions basées sur des preuves inadéquates.

Ce qu’ajoute cette étude, c’est qu’elle montre qu’ils sont aussi meilleurs à localiser un visage dans une image (tout comme à dire s’il y en a un ou pas). Reiki émet l’hypothèse que cet effet pourrait être lié aux perceptions sociales et l’empathie, et que:

…ces croyances, comme l’anthropomorphisme, émergent de la capacité à reconnaître et comprendre d’autres êtres humaines. Les arguments théoriques et les résultats expérimentaux suggèrent que les croyants au paranormal ou religieux étendent rapidement et extensivement des attributs humains tels que croyances, désirs, objectifs intentionnels, à des domaines inappropriés.

Bien que l’explication soit plausible, elle n’explique pas pourquoi les croyants au paranormal réagissent également aux patterns non humains.

Ces données s’intègrent donc bien avec l’idée que les croyants au paranormal tiennent une image confuse de comment le monde fonctionne – une hypothèse soutenue par de précédentes recherches à l’université d’Helsinki.

 

Riekki, T., Lindeman, M., Aleneff, M., Halme, A., & Nuortimo, A. (2012). Paranormal and Religious Believers Are More Prone to Illusory Face Perception than Skeptics and Non-believers Applied Cognitive Psychology DOI: 10.1002/acp.2874

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Une réflexion sur “Des visages, des visages partout (epiphenom)

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