Des rats victimes d’OGM ou de BPA? (Emily Willingham)

J’avais dit dans un article précédent sur l’étude OGM de Séralini que j’en traduirais un autre, plus général. C’est désormais chose faite avec l’article d’Emily Willingham intitulé « Was it the GMOs or the BPA that did in those rats?« , publié le 23 septembre 2012.

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C’est l’étude qui a compromis l’intégrité journalistique, certains journalistes ayant donné leur accord de ne pas obtenir de commentaires externes sur l’article avant la levée d’un embargo. C’est l’étude qui a mis en avant des images choquantes d’infortunés rats infestés de tumeurs, des images qui furent reproduites à travers plusieurs infos en ligne dans toute leur horreur morphologique brute. C’est l’étude dont les auteurs se sont ouverts aux critiques de toutes parts — journalistes et chercheurs scientifiques — principalement centrées sur leur présentation étrangement disproportionnée des résultats — essayez donc de trouver les images des tumeurs contrôles non traitées, par exemple — et sur leur manque d’analyses statistiques les plus basiques.

L’étude en question a choisi une lignée de rats connue pour sa propension à développer des tumeurs dans des conditions normales, les a nourris avec du maïs génétiquement modifié, de l’herbicide Roundup, ou bien du maïs génétiquement modifié contenant potentiellement du Roundup, et a évalué les différents groupes en fonction de la charge tumorale, du bilan au niveau du foie et des reins, et de la mortalité. Un total de 180 rats a reçu un traitement via l’eau ou la nourriture, tandis que 20 autres ont simplement vécu leur vie de rat normalement, en mangeant leur nourriture habituelle. L’article est accessible en open-access ici [PDF]1.

Les auteurs, comprenant le scientifique/activiste anti-OGM Gilles-Éric Séralini, ont fait des analyses statistiques qui se sont fait démonter un peu partout sur le Web. L’ironie, c’est que ce papier de Seralini et al. se plaint des statistiques dans les études toxicologiques menées par Monsanto, notamment en ce qui concerne la puissance statistique et les estimations de l’effet de taille de l’échantillon. Ils avaient écrit cet article en réponse à une décision d’un panel d’experts qui, en 2007, rejetait leur analyse d’un maïs OGM en concluant que les effets liés au « traitement » n’avaient pas de lien avec le maïs.

Dans leur présent article, les auteurs concluent que leurs données démontrent qu’un régime à base de maïs OGM, en l’occurrence du maïs connu sous le terme NK603, avec ou sans ajout de Roundup, a un effet sur les tumeurs et sur d’autres variables analysées dans leur étude de 2 ans sur des rats. Ils pourraient cependant avoir négligé d’autres facteurs ayant une influence sur les résultats.

Les régimes étaient-ils vraiment différents? Peut-être pas

Pour dire que l’alimentation est le coupable, il aurait fallu que les régimes alimentaires eux-mêmes aient été différents. Un rapport suggère que la nourriture du laboratoire utilisée par les auteurs pourrait avoir contenu du maïs OGM. Les auteurs l’avaient dit eux-mêmes dans une étude précédente à propos du NK603 et de deux autres maïs OGM, en observant que l’étude ne fournissait « aucune donnée… pour démontrer que les régimes des groupes contrôle et de référence étaient effectivement exempts de nourriture OGM. » Dans leur présente recherche, ils ne mentionnent aucunement cette comparaison; au lieu de ça, ils disent, analyses chimiques à l’appui, que « pour les différents régimes et les différents maïs, l’étude de la composition chimique standard n’a révélé aucune différence significative » et décrit les avoir classés comme « substantiellement équivalents. »

Les deux facteurs que les auteurs rapportent comme étant différents parmi les trois régimes décrits – nourriture standard de laboratoire, nourriture OGM, ou nourriture OGM + Roundup – sont l’acide caféique et l’acide férulique. Ils affirment que ces composés ne sont « pas toujours analysés »,  mais Monsanto a fait un rapport, dans un article avec peer-review, sur le contenu en acide férulique dans le NK603 comparé au maïs non-OGM et n’a trouvé aucune différence.

Dans leur discussion, Séralini et ses collègues se réfèrent à un mécanisme proposé pour expliquer la différence trouvée entre les rats en termes d’acide férulique. Ce composé existe dans énormément de plantes, y compris des plantes qui constituent 84% du contenu en graines de céréales de la nourriture de laboratoire utilisée dans les rats non traités. Les nourritures standards de labo varient souvent en contenu chimique. Les auteurs décrivent avoir  fait leur propre nourriture de laboratoire pour rats, en se basant sur la nourriture standard et en y ajoutant un pourcentage variable de maïs OGM cultivé avec et sans Roundup. Ils ont aussi préparé une nourriture « contrôle » avec du maïs non-OGM en grande proportion.

Quand ils ont mesuré le contenu en acide férulique dans leurs préparations, les investigateurs ont trouvé qu’il était plus bas dans les formules OGM et OGM+Roundup, la différence variant dans une large échelle de 16 à 30%. Ils ont fabriqué les régimes eux-mêmes sur base de nourriture avec une énorme variabilité en types de céréales et chimique, donc il est difficile de dire à quel point ces différences sont importantes.

Je parle de l’acide férulique parce que c’est le composé que les auteurs ont épinglé comme mécanisme proposé pour expliquer les effets présumés du maïs OGM. Ils affirment que l’acide férulique a des effets protecteurs contre la carcinogenèse et les tumeurs chez les mammifères, se basant sur deux publications, l’une vieille de 28 ans et pas très bien ciblée, et une autre de 2010. L’article de 2010 rapporte un effet positif de l’acide férulique contre des tumeurs provoquées chimiquement chez des rats Sprague-Dawley nourris avec une dose de cheval du produit.

Ils disent que « ces composés phénoliques et en particulier l’acide férulique (sic) pourrait moduler les récepteurs d’œstrogènes ou la voie métabolique de l’œstrogène dans les cellules de mammifères » et citent cet article de Chang et al. Malheureusement pour Séralini et al., l’article de Chang explique que la dite « modulation » consiste en ce que l’acide férulique cause « une prolifération de cellules humaines du cancer du sein par régulation positive de l’expression de HER2 et de ERalpha. » Sur base de leur propre citation, l’argument ne tient pas, les variations entre régimes des quantités d’acide férulique – qui étaient de toute façon substantielles dans tous les régimes – auraient provoqué des résultats différents de ceux rapportés. En fait, si le maïs OGM contenait effectivement moins d’acide férulique, d’après l’article de Chang, il aurait du avoir un effet protecteur2.

Qu’est-ce qui était différent si ce n’était pas la nourriture?

Comme je suis du genre obsessif, j’ai extrait les données de l’article et les arrangées de la manière dont j’aurais aimé les voir. Cette souche de rats, comme déjà mentionné, est propice aux tumeurs. Chaque rat individuel a une propension individuelle à développer des tumeurs, en particulier ceux observés dans cette étude. Les auteurs nous fournissent le nombre de tumeurs qu’ils ont observé dans chaque groupe de 10 rats, avec le nombre de rats portant ces tumeurs entre parenthèses (Table 2 de l’article, que j’ai transformée en proportions dans la première table ci-dessous). Puisque chaque rat a une forte tendance à développer des tumeurs, je pense – mais n’hésitez pas à me contredire – que la proportion de tumeurs par rapport au nombre de rats affectés dans chaque groupe pourrait donner une meilleure indication de la tumorogénicité de chaque traitement versus contrôle, et permettrait de faire un peu de nettoyage dans ces données. J’ai donc fait ces conversions. La deuxième table ci-dessous contient les données originales au cas où les ratios ne vous parlent pas.

Ensuite, j’ai fait quelque chose que les auteurs auraient du faire selon moi: j’ai comparé ces ratios à l’intérieur d’un type de traitement (par exemple: plusieurs doses d’OGM seulement, OGM et Roundup, plusieurs doses de Roundup seulement). J’ai aussi regardé les données entre les traitements avec des variables qui se chevauchent (par exemple comparer l’OGM 11% avec l’OGM 11% + Roundup), ce que les auteurs ont fait pour les tumeurs et la mortalité. Ce genre de comparaisons devrait aider à mettre en évidence quel facteur – OGM ou Roundup – est responsable des différences, s’il y en a.

Rapport du nombre de tumeurs/pathologies en fonction du nombre de rats affectés pour chaque variable. Les % représentent le % d'OGM dans la nourriture. R1, R2 et R3 = concentration croissante de Roundup

Rapport du nombre de tumeurs/pathologies en fonction du nombre de rats affectés pour chaque variable. Les % représentent le % d’OGM dans la nourriture. R1, R2 et R3 = concentration croissante de Roundup

Les données originales, telles que présentées dans l'article (sauf erreur de ma part). Les valeurs sont le nombre d'anomalies observées par groupe. Les valeurs entre parenthèses sont le nombre de rats, dans chaque groupe de 10, portant ces anomalies. Les % représentent le % d'OGM dans la nourriture. R1, R2 (accidentellement nommé R3 ici), et R3 = concentration croissante de Roundup.

Les données originales, telles que présentées dans l’article (sauf erreur de ma part). Les valeurs sont le nombre d’anomalies observées par groupe. Les valeurs entre parenthèses sont le nombre de rats, dans chaque groupe de 10, portant ces anomalies. Les % représentent le % d’OGM dans la nourriture. R1, R2 (accidentellement nommé R3 ici), et R3 = concentration croissante de Roundup.

Les résultats vont dans tous les sens, que vous regardiez les ratios ou les nombres absolus de rats affectés ou le nombre absolu de tumeurs ou les effets histologiques. Aucune tendance claire ne se dégage des pourcentages d’OGM dans la nourriture. Aucune tendance non plus pour la présence de Roundup dans chaque alimentation. J’ai mis les tables en graphes à la fin du post pour ceux que ça intéresse. Mais le graphe qui m’intéresse – et qui reflète la tendance qui m’a sauté aux yeux dans les figures 1 et 2 de l’article – est ci-dessous, montrant ce qui se passe pour chaque paramètre avec le groupe Roundup uniquement. Je rappelle que ces résultats sont des proportions de tumeurs ou anomalies pathologiques par rat affecté.

Table

Bleu=contrôle; rouge=concentration faible de Roundup; vert=concentration moyenne de Roundup; mauve=concentration haute de Roundup.

Les données sont brouillon, mais en général, les groupes OGM vs OGM+Roundup semblent donner des résultats assez similaires, et les valeurs contrôles chevauchent ou parfois dépassent les valeurs des doses de traitement les plus élevées. Ceci reste valable que vous analysiez les données avec des proportions ou bien avec les données brutes de la table juste au-dessus.

Cependant, durant ma première lecture de cette article, quelque chose m’a frappée. On peut le voir dans la figure ci-dessous et dans les données des tables, et c’est également visible sur les graphiques de mortalité et de tumeurs directement dans l’article. Il s’agit de la courbe de dose-réponse en U renversé. Cette courbe était-elle la solution pour résoudre le chaos de toutes ces données?

Eh bien qu’en est-il de ces courbes dose-réponse?

Comme souligné par de nombreuses critiques, quasiment aucune des données dans l’article ne s’aligne sur ce qu’on attendrait d’une courbe dose-réponse pour une étude de carcinogénicité – le taux de tumeurs n’augmente pas avec une dose croissante de maïs OGM ou de Roundup ou encore des deux à la fois. Ce genre de relation linéaire est typiquement attendue dans de nombreuses études toxicologiques – à l’exception de celles où des variables endocrines sont étudiées.

À plusieurs reprises dans cette étude, les doses faibles, moyennes ou hautes de maïs OGM+Roundup ou Roundup seul, ne donnent pas de résultats différents du groupe contrôle. Ce que l’on voit par contre, et c’est le plus visible dans l’image ci-dessus à propos des données du groupe Roundup, ce sont des courbes dose-réponse en U renversé. Ces courbes sont des courbes de réponse endocrine classiques, montrant un effet relativement faible d’une substance endocrinienne à faibles et hautes doses mais un effet rehaussé à doses modérées. Ce type de courbes est en effet presque attendu dans les études sur les perturbateurs endocriniens. Le terme idoine pour ce genre de courbes non linéaires, parfois aussi en forme de J, c’est l’hormèse.

Le Roundup est déjà connu pour ses propriétés de perturbateur endocrinien, notamment grâce à des études comme celle-ci, du même groupe d’auteurs. Mais comment expliquer la nature disparate des données, y compris le fait que, parfois, les valeurs des variables dans le groupe contrôle dépassent ou égalisent celles des plus hautes valeurs de Roundup (une dose très forte) ou des régimes de maïs OGM-potentiellement-combiné-avec-du-Roundup?

En lisant l’article, outre l’observation des courbes dose-réponse hormétiques, j’ai remarqué autre chose: ces rats ont vécu deux ans dans des cages en polycarbonate. Le protocole ne mentionne pas leur remplacement par des cages neuves, mais les cages étaient gérées deux fois par semaine, avec remplacement de la litière, et chaque cage contenait deux rats. Pourquoi est-ce que je parle du polycarbonate? Parce que je pense qu’une façon d’expliquer ces données farfelues pourrait être la présence d’un autre composé œstrogénique, y compris pour le groupe contrôle, et qui pourrait avoir influencé les résultats. Et ce composé est le bisphénol A (BPA).

Des cages en polycarbonate (et peut-être les bouteilles d’eau) qui contiennent – et libèrent – du bisphénol A

Les rats de cette étude sur du long terme ont vécu deux ans dans ces cages en polycarbonate. Un rapport de 2003 a trouvé que le BPA dans ces cages peut s’échapper, même à température ambiante, même lorsque les cages sont neuves. Mais le relargage s’intensifie avec la durée d’utilisation, le processus s’accélérant avec les égratignures et éraflures sur les cages. D’après l’étude de 2003, Ce BPA libéré affecte les animaux logés dans ces cages, et qui boivent aussi de l’eau provenant de bouteilles en polycarbonate – et ce, même après une semaine seulement. Les auteurs concluaient que « les animaux de laboratoire gardés dans des cages en polycarbonate et polysulfone sont exposés au BPA qui s’en échappe, avec une exposition maximale dans les cages les plus vieilles. »

Une autre étude sur l’exposition accidentelle d’un groupe contrôle de rats femelles au BPA venant de cages en polycarbonate endommagées, a montré que l’exposition peut avoir pour conséquences des anomalies méiotiques. Ce qui n’est pas clair dans le protocole de Séralini, c’est si les rats, résidant dans des cages en polycarbonate, buvaient de l’eau provenant de bouteilles en verre ou en polycarbonate; dans ce dernier cas, l’exposition au BPA aurait été plus grande encore. Cette vidéo montre le laboratoire où les rats étaient gardés.

Bouteilles d’eau ou pas, les rats peuvent assimiler le BPA à travers leur peau. En fait, les rats Sprague-Dawley, ceux utilisés dans cette étude, ont une peau 12 fois plus perméable au BPA que notre propre peau. De surcroît, les études sur la carcinogénicité du BPA montrent que, en plus des cancers du sang potentiellement liés, il était également associé avec… les tumeurs mammaires chez les rats mâles. Ce dernier lien est particulièrement intéressant car, en se basant sur une recherche des termes pertinents dans PubMed, le Roundup ne semble pas avoir été relié aux tumeurs mammaires du rat. En effet, les auteurs notent qu’il pourrait agir comme inhibiteur de l’aromatase, une enzyme qui convertit les androgènes en œstrogènes, et les inhibiteurs d’aromatase sont utilisés pour soigner le cancer du sein.

Séralini et ses co-auteurs disent dans leur article que, « Comme attendu, les tumeurs mammaires chez les mâles ont été beaucoup moins fréquentes que chez les femelles. » Selon le fournisseur des rats utilisés dans cette étude, les rats femelles Sprague-Dawley ont tendance à développer exactement le type de tumeurs mammaires observées dans cette étude, avec une « haute incidence (76%) de tumeurs de la glande mammaire (majoritairement des fibroadénomes) (qui) ont résulté en des sacrifices non prévus de nombreuses femelle(s). » De telles tumeurs mammaires chez des rats mâles, cependant, semblent apparaître à un taux de zéro. Excepté quand ces mâles sont exposés au BPA.

Des effets supplémentaires de perturbateurs œstrogéniques dus à l’exposition des rongeurs au bisphénol A dans ces tests d’activité biologique comprennent une tendance croissante à développer des tumeurs des glandes mammaires chez les rats mâles (tumeurs inhabituelles chez les mâles)… Les données pour les tumeurs des glandes mammaires chez les rats mâles étaient de 0/50 dans le groupe contrôle, 0/50 dans le groupe faible dose, et 4/50 (8%) dans le groupe haute dose. … à mon sens, ces tumeurs endocrines devraient être considérées comme liées à l’administration de bisphénol A.

L’étude citée ci-dessus était faite sur des rats (pas des Sprague-Dawley) exposés au BPA dans leur régime alimentaire pendant 2 ans. Huff, l’auteur du commentaire ci-dessus, conclut, « en général, il semble que l’exposition au BPA par l’alimentation pendant deux ans devrait être considéré comme associé à des tumeurs du système hématopoïétique chez les rats et les souris, et des testicules et glandes mammaires chez les rats mâles. »

Donc, nous avons une exposition potentielle à ce composé, le BPA, via les cages où vivaient ces rats durant toute leur vie. Ce composé est connu spécifiquement pour causer des tumeurs mammaires chez les rats mâles, tandis que le traitement dans cette étude ne l’est pas, et les rats mâles Sprague-Dawley semblent ne jamais développer spontanément ces tumeurs. Et nous avons une courbe dose-réponse de nature franchement hormétique, incluant certaines valeurs hautes dans le groupe contrôle, ce qui suggère une certaine activité endocrine sous-jacente. Autrement dit, il se peut que nous ayons le mauvais acronyme, et ce que l’on voit ici, ce ne sont pas les OGM, ce sont les PE (perturbateurs endocriniens).

Mais ce n’est pas tout: qu’en est-il du soja?

Dans le système endocrine, rien n’est simple, comme l’attestent les courbes décrivant le fonctionnement d’un tel système. Une partie de l’alimentation de ces rats semble avoir contenu une autre exposition aux PE, en l’occurrence des phytoœstrogènes de plantes, présents dans le soja. L’alimentation comprenait environ 8% de soja et de levure, d’après les données du fabricant. La concentration en phytoœstrogènes dans l’alimentation des rongeurs est directement corrélée avec la quantité de soja qu’ils contiennent, mais les concentrations peuvent varier considérablement, « et les phytoœstrogènes alimentaires peuvent potentiellement altérer les résultats d’études d’œstrogénicité. » Pour citer un article, « les alimentations commerciales des rongeurs sont une source importante d’exposition non intentionnelle aux œstrogènes pour les animaux de laboratoire. » Des alimentations ne contenant pas ces composés sont commercialement disponibles.

Questions à propos d’additivité ou de synergie et de PE

On peut se demander pourquoi, si le Roundup et le BPA et le soja et n’importe quoi d’autre était présent pour ces rats, pourquoi des doses croissantes de Roundup n’ont pas donné des rats devenant une grosse tumeur avec la dose la plus forte. Quiconque a fait de la recherche dans le domaine des perturbateurs endocriniens se pose la même question, mais ils pourront aussi vous dire que ces effets de réduction avec les mixtures sont plus souvent la règle que l’exception. J’ai appris la leçon lors de ma toute première étude avec des mixtures.

Les explications potentielles sont légion, mais avec plusieurs types différents de récepteurs d’œstrogènes avec différentes actions dans différents tissus, des composés qui bloquent un récepteur à une certaine concentration mais qui l’activent à d’autres, des composés qui interagissent avec différents types de récepteurs hormonaux de différentes manières, et des effets non transposables entre différentes espèces–ce n’est pas étonnant que les résultats de ces mixtures soient autant mixés. La seule chose qui n’apparaît pas impliquée de façon flagrante, au milieu de cette mer de possibilités aussi probables l’une que l’autre, c’est le maïs OGM même.

Les auteurs avaient en partie pris conscience de cela

Dans leur discussion, ils écrivent:

Comme souvent dans le cas de maladies hormonales, les effets plus souvent observés dans cette étude n’étaient pas proportionnels aux doses des traitements (maïs OGM avec et sans R; R seul), non-monotones, et avec un effet seuil.

Ils ne parlent pas de superposition des valeurs avec le groupe contrôle.

Au final, leurs résultats indiquent que les stéroïdes sexuels sont également modifiés chez les rats traités. Cette modification implique des composés actifs endocrines, et les candidats, personnellement, me semblent évidents, et ce n’est pas le maïs. Une recherche PubMed pour une activité endocrine liée à du maïs génétiquement modifié n’a trouvé qu’un seule résultat, une étude ne montrant aucun effet chez des souris avec du maïs Bt.

Plutôt que de viser l’essentiel (peut-être en ayant  survolé la possibilité du BPA), les auteurs ont cherché à construire un fragile argument autour d’une des deux seules différences qu’ils ont trouvées avec le maïs OGM versus le maïs non-OGM, les niveaux d’acide caféique et férulique. Comme je l’ai souligné plus haut, leurs spéculations sur le rôle des OGM s’annihilent par leur propre citation d’une étude suggérant que l’acide férulique améliore la prolifération des cellules du cancer du sein. Aussi, il semble qu’ils aient évalué non pas le maïs OGM en soi, mais l’alimentation, contenant d’autres sources d’acide férulique, vue comme un tout pour ces valeurs, et la différence trouvée en contenu en acide férulique va à l’encontre d’une étude avec peer-review de Monsanto, qui montre des valeurs équivalentes lors d’une comparaison directe maïs à maïs.

En conclusion, leurs efforts pour impliquer le maïs OGM dans les résultats de cette étude reposent sur une spéculation erronée. Ils auraient mieux rentabilisé leur temps à réfléchir aux différentes variables confondantes que leur protocole expérimental a introduit, et qui peuvent affecter directement leurs valeurs observées. Au moins cela aurait aidé à extirper un peu de signal parmi tout ces données bruitées.

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Edit: Je jette un œil aux bouteilles d’eau utilisées pour leurs rats dans l’étude de 2 ans ici. Notez bien que tout ce que j’ai écrit ici sur les BPA est spéculatif, vu que personne n’a mesuré l’exposition aux BPA, et il y a déjà bien assez de problèmes avec le design de l’étude, l’analyse, et le rapport sous notre nez pour ne pas devoir se tourner vers les BPA afin d’expliquer en quoi leur groupe contrôle semble avoir été affecté tout autant que leurs groupes traitements dans certains cas. J’ai envoyé un e-mail à la personne de contact pour l’article, et au fabricant des bouteilles; aucun n’a répondu.

**Finalement, dans un échange d’e-mails avec un chercheur sur les PE, j’ai appris que l’exposition aux BPA par les cages et/ou les bouteilles en polycarbonate n’est considérée avec attention que dans le cas d’études liées au BPA. Je n’en comprends pas la raison, vu le potentiel confondant du BPA ou de tout composé PE dans une étude impliquant des PE, mais c’est ce que ce chercheur m’a dit. Tout ce temps à chercher des produits en verre plutôt qu’en polycarbonate, perdu! Pas vraiment. J’argue toujours autant que, dans de telles études, nous devons être aussi prudents que possible pour exclure des expositions potentiellement confondantes.

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Plus de tables graphes, pour le fun.

1=contrôle; 2=11% maïs OGM dans l'alimentation; 3=11% maïs OGM+Roundup utilisé dans la culture du maïs (concentration inconnue). 4 a été créé par erreur. Les valeurs sont le rapport des tumeurs par rat portant ces tumeurs.

1=contrôle; 2=11% maïs OGM dans l’alimentation; 3=11% maïs OGM+Roundup utilisé dans la culture du maïs (concentration inconnue). 4 a été créé par erreur. Les valeurs sont le rapport des tumeurs par rat portant ces tumeurs.

22percentGM

1=contrôle; 2=22% maïs OGM dans l’alimentation; 3=22% maïs OGM+Roundup utilisé dans la culture du maïs (concentration inconnue). Les valeurs sont le rapport des tumeurs/anomalies histo par nombre de rats portant ces tumeurs.

1=contrôle; 2=33% maïs OGM dans l'alimentation; 3=33% maïs OGM+Roundup utilisé dans la culture du maïs (concentration inconnue). 4 a été créé par erreur. Les valeurs sont le rapport des tumeurs par rat portant ces tumeurs.

1=contrôle; 2=33% maïs OGM dans l’alimentation; 3=33% maïs OGM+Roundup utilisé dans la culture du maïs (concentration inconnue). Les valeurs sont le rapport des tumeurs/anomalies histo par nombre de rats portant ces tumeurs.

Comparaison du pourcentage d'OGM dans les alimentations et effets sur les tumeurs/histopathologies. Bleu=contrôle; rouge=11%; vert=22%; mauve=33%. Les valeurs sont le rapport du nombre de tumeurs/histopathologies sur le nombre de rats portant ces tumeurs

Comparaison du pourcentage d’OGM dans les alimentations et effets sur les tumeurs/histopathologies.
Bleu=contrôle; rouge=11%; vert=22%; mauve=33%. Les valeurs sont le rapport du nombre de tumeurs/histopathologies sur le nombre de rats portant ces tumeurs

Comparaison du pourcentage d'OGM exposé au Roundup dans les alimentations et effets sur les tumeurs/histopathologies. Bleu=contrôle; rouge=11%; vert=22%; mauve=33%. Les valeurs sont le rapport du nombre de tumeurs/histopathologies sur le nombre de rats portant ces tumeurs

Comparaison du pourcentage d’OGM exposé au Roundup dans les alimentations et effets sur les tumeurs/histopathologies.
Bleu=contrôle; rouge=11%; vert=22%; mauve=33%. Les valeurs sont le rapport du nombre de tumeurs/histopathologies sur le nombre de rats portant ces tumeurs

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1 Le lien était déjà mort au moment de la traduction. J’ai trouvé un autre lien ici.

2 À mon avis, le raccourci est un peu rapide. L’article de Chang parle de tumeurs cancéreuses humaines tandis que l’étude de Séralini observe les tumeurs propres aux rats.

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